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De Mme Guérin à Jeanne - 20 mars 1891.

 

De Mme Guérin à Jeanne. 20 mars 1891.

Lisieux 20 Mars 1891
Ma Chère petite Jeanne,
Je viens passer un petit moment avec toi. C'est aujourd'hui le premier jour que je garde la chambre, ma
santé est redevenue assez bonne et je ne me plains pas. Je pense avoir demain de tes nouvelles, tu sais
combien tes lettres sont goûtées surtout lorsque tu me dis que tu vas bien. Je te dirai comme nouvelle
que Pierre Colombe (le Dr Pierre Colombe (10 janvier 1855-13 octobre 1891) avait épousé Jeanne
Lemaignen, fille de Louis Lemaignen, directeur du journal Le Normand. Ces Lemaignen descendaient —
d'un premier lit — d'un Monsaint qui se trouvait, en secondes noces, l'ancêtre de Mme Guérin.
Le docteur Colombe était également cousin germain des demoiselles Colombe, amies des Martin, les
deux pères, Gustave et Alphonse, frères, ayant épousé les deux sœurs, Virginie et Honorine Adigard des
Gautries) a une petite fille. On nous l'a fait dire hier matin, jour St Joseph. L'après-midi nous sommes
allées à l'église et sans le savoir nous nous sommes trouvées au moment du baptême. C'est Aurélie qui est
marraine et Mr Boyer parrain (Aurélie Colombe (+ 1914), célibataire, est fille d'Alphonse ; M. Boyer est
le mari d'Alice (+ 1925), sœur de la précédente). Nous avons pu entendre de loin les noms de l'enfant:
Jeanne, Marie, Joseph [1 v°] Alice (sixième enfant du docteur). C'était charmant de voir cette nombreuse
famille réunie. Je crois qu'il y avait onze ou douze enfants. Cela nous a procuré une petite distraction,
d'autant plus utile que Céline avait encore été très-souffrante. Elle s'était trouvée très gênée en visite
chez Mme Lefèvre. Il y faisait chaud et en sortant elle était toute malaise. Aujourd'hui elle va bien. Mais
je suis vraiment tourmentée de tous ces petits accidents qu'elle éprouve. Son oncle a analysé son urine
et n'a rien trouvé. Nous pensions lui faire reprendre le régime du lait à ses repas. Veux-tu demander au
Docteur s'il croit cela utile dans le cas présent. Elle met exactement sa teinture d'iode et les frictions sont
commencées. Je viens de recevoir bonne maman et ta tante Maudelonde. Il est probable que Marguerite
avancera son voyage à Lisieux, peut-être viendra-t-elle dès le mardi ou mercredi saint pour repartir le
mardi de Pâques. Il n'y a encore rien de certain (en fait, Marguerite Tostain se trouvera encore à Lisieux
le 3 avril, jour où elle rendra visite aux sœurs Martin, au Carmel). [2 r°] Ernest va probablement avoir
une maison en face de son étude. Cela vaudra beaucoup mieux pour lui.
Aujourd'hui nous avons eu notre petite élève Marthe Lahaye (Marthe Lahaye (1886-1979) est la seconde
enfant de Victor Lahaye, pharmacien qui a pris la succession de M. Guérin en 1888) qui a recommencé

ses leçons. Ton papa en est toujours édifié et nous aussi, tellement elle est mignonne. Aujourd'hui j'ai eu
la mission de la faire lire, je ne sais si j'ai bien rempli mon rôle d'institutrice, cela me rappelait mon jeune
temps, lorsque je vous montrais aussi vos lettres. Nous constatons que notre élève fait des progrès.
J'ai aussi à t'apprendre la mort de Mme Marie, mère de Mme Bazin. C'est demain samedi l'inhumation.
Hier nous sommes allées souhaiter la fête de Joséphine Pigeon, nous avions envoyé d'avance notre bel
azalée au nom de toute la famille. Je pense que tu as bien pensé à écrire, ma chère petite Jeanne. Nous
avons eu tous de belles images avec des sentences écrites par Pauline (Cf. LD 866). [2 v°] Je crois bien
qu'il y en avait aussi une pour toi. Je ne pense pas te voir dimanche, il nous faut finir notre Carême, mais
aussi j'espère que nous pourrons chanter ensemble l'Alléluia.
Adieu, ma chère petite Jeanne, je t'embrasse de tout mon cœur et te charge d'embrasser ton bon mari pour
moi. Toute la famille vous fait ses amitiés. Ne m'oublie pas, je te prie, auprès de Mme Mouton.
Ta Mère toute dévouée,
C. Guérin

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