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De Mme Guérin à J. La Néele - 7 juillet 1894.

 

De Mme Guérin à J. La Néele. 7 juillet 1894. 

7 juillet 94.

Ma Chère petite Jeanne

J’ai reçu hier ta petite lettre, nous l'attendions impatiemment, espérant qu'elle nous annoncerait bientôt votre arrivée. Enfin, j'espère que bientôt vous serez libres de partir, nous le demandons au bon Dieu, afin que nous soyons tous réunis dans notre chère Musse. Marie t'a écrit avant-hier, mais dans un moment si critique que ni elle ni moi n'avions guère la tête à écrire. Céline avait pris un vomitif et souffrait en ce moment beaucoup, beaucoup. Aussi, nous nous sommes aperçues [lv°] une fois la lettre partie que nous ne te parlions pas de l'impatience avec laquelle nous vous attendons ; quoique tout ce que Marie disait faisait bien penser que nous vous attendions de jour en jour.

Nous allons tous bien maintenant ; comme tu l'as vu, Céline a payé son tribut de fatigue en arrivant, maintenant tout va bien ; M. Martin est aussi bien que possible. Il a été deux jours très fatigué du voyage. Il était courbé en deux et on le couchait vers 3 heures, mais hier il a eu une très-bonne journée. Il avait l'air heureux d'être ici.

Nous avons reçu une lettre de Léonie adressée à ton papa et qui ne nous laisse pas sans inquiétude. Elle lui décrit avec une confiance toute filiale ses épreuves, ses luttes, ses combats, et lui dit même que, si elle n'était pas soutenue par ses bonnes maîtresses, elle serait déjà près de nous. Une chose cependant nous [2r°] rassure un peu. Elle ajoute que ses Mères ne doutent pas de sa vocation, et qu'elles regardent ce moment comme une épreuve. Mais notre pauvre Léonie est faible pour supporter cela. Je lui avais précisément écrit hier pour la réconforter. Elle a dû recevoir ma lettre ce matin. Ton papa va lui répondre immédiatement. Elle l'en prie instamment, elle lui dit de la gronder même, que cela lui fera du bien... Nous n'avons qu'à prier le bon Dieu, si c'est sa vraie vocation, qu'il lui donne la grâce de persister quand même. Je t'assure que ce n'est pas rassurant ; que fera-t-elle dans le monde ? Elle ne peut s'y souffrir, elle y est malheureuse. Ce sera toujours des luttes et des souffrances pour elle. Combien l'avons-nous vue souffrir chez nous, n'avoir qu'un désir, celui de rentrer à la Visitation. Je suis persuadée que le départ de Thér. P. (Thérèse Pougheol) lui a fait beaucoup de mal. Il n'y a pas en Léonie assez de force de réaction. Nous voudrions bien que tu ne manques pas d'aller la voir avant ton départ. Tu nous dirais comment tu l'as trouvée, si elle te paraît mieux. Céline va écrire au Carmel pour leur recommander de prier.

Je n'ai pas encore de nouvelles de maman depuis que nous sommes ici, c'est, j'espère, qu'elle va bien. Nous commençons à nous [2v°] apercevoir que nous avons oublié bien des choses. Marie t'a déjà priée d'apporter son rouleau à pâtisserie et la plaque que tu trouveras chez maman, si toutefois Célestine a pu les trouver car nous ne nous rappelons pas où est le rouleau. — De plus on y joindra les épingles à photographie que je ferai prier de remettre aussi chez maman. Mais ce qui est le plus important, c'est le pied à photographie. Impossible de photographier. Je vais écrire à ta tante de nous l'expédier. — Nous avons eu tant de mal à faire nos préparatifs en si peu de temps, nous avons bien travaillé, je t'assure. Ton papa est très gai et il ne lui manque que sa Jeanne et son Francis. J'espère que bientôt ton mari sera libéré. Tu nous écriras aussitôt l'accouchement fait, quel jour vous viendrez afin que ton papa invite l'abbé J. Dec. Il attend à être fixé à peu près sur le jour de votre arrivée pour l'inviter.

Nous sommes déjà allées à la messe à Arnières hier, 1er vendredi du mois, aujourd'hui à La Bonneville. — Je suis bien contente d'avoir emmené Louise. Je crois que c'est tout-à-fait la personne qu'il fallait. Nous avons trouvé la maison tout-à-fait sale, aussi tous les domestiques sont occupés à nettoyer. On n'attendait pas notre arrivée, rien n'était fait. Nous avons un cheval qui n'est pas peureux mais qui choppe [lr°tv] constamment. Il est pourtant plus gentil que Page, mais c'est un cheval de campagne.

A bientôt, ma Jeannette, nous nous réunissons tous pour t'envoyer nos meilleurs baisers et t'embrasser de tout cœur ainsi que ton bon Francis.

Ta Mère

C.G.

Je suis bien contente que ta bonne soit plus aimable. Cela me faisait de la peine. — Dis à Mme Mouton (sœur du Dr La Néele) que je lui souhaite une meilleure santé et que je lui fais bien des amitiés.

A bientôt !

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