Imprimer

De Mme Guérin à Mme La Néele - 7 novembre 1893.

 

De Mme Guérin à Mme La Néele. 7 novembre 1893. 

Lisieux 7 Novembre 93

Ma Chère petite Jeanne,

Vos pommes ont été mises aujourd'hui au chemin de fer. Ton papa pense que vous les recevrez jeudi. — Bonne maman est toujours bien faible. Pas de crise hier soir mais une nuit très agitée. Elle s'est levée environ quatre heures et lorsque nous l'avons vue, elle était assez gentiment. Elle a mangé à son déjeuner son petit mélange de viande crue et un tout petit blanc de poulet. — Comment vas-tu ma chérie? Je voudrais bien être petit oiseau, pour [lv°] te rendre visite et savoir comment tu te portes ; si tu t'es décidée à te soigner aujourd'hui. Je serai bien contente de savoir que c'est fait. St tu as besoin de Céline un jour de plus, elle pourra être tranquille au sujet de son papa. Il va bien. Ce matin je suis allée travailler une heure avec lui à dix heures. Il m'a dit en me voyant : « Cela me semblait drôle aussi de ne pas vous voir ». Nous y sommes retournés après déjeuner, et plus tard, Marie Guérin a encore travaillé avec lui. Céline peut être bien tranquille au sujet des domestiques. Ils se comportent bien, Marie la bonne travaille auprès de M. Martin, et Désiré a travaillé presque toujours dans le jardin de Céline. Voilà les nouvelles du jour, de la maison rue Paul Banaston, 19. [2r°] Maintenant nous en attendons des vôtres.

Nous avons reçu ce matin une lettre de faire-part de la mort de M. Leroy, le mari de Jeanne Morand, instituteur à la Vieille-Lyre (localité proche de Conches, dans l'Eure). Cette pauvre jeune femme est déjà veuve, sa mère aussi va avoir bien du chagrin. Nous leur avons envoyé immédiatement des cartes apostillées. Tu n'as probablement pas de lettre, car elle ne doit pas connaître ton nom.

Adieu ma chérie, je t'embrasse de tout mon cœur, et deux fois plus fort si tu es souffrante. Embrasse bien ton bon Francis pour moi et aussi notre chère Céline dont les caresses et le bon rire perlé nous manquent en ce moment, mais je suis trop [2v°] heureuse d'en faire profiter ma Jeannette. Ton papa et Marie vous embrassent tous les trois bien affectueusement.

Ta Mère

C. Guérin

Ne m'avais-tu pas dit qu'il y avait chez toi un bas noir à Paul qui n'avait pas son frère, car j'en ai un à la maison depuis longtemps. Si sa mère possède donc ce fameux bas qu'elle me l'envoie.

Il y a 62 razières ou barattées de pommes. — Si nous n'avons pas de lettre demain matin, nous enverrons le domestique à la gare à quatre heures. Céline peut être tranquille. 

Retour à la liste des correspondants