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De Mme Guérin à sa fille Jeanne - 10 janvier 1891.

 

De Mme Guérin à sa fille Jeanne. 10 janvier 1891.

[2 v°] Ma Chère petite Jeanne,
Je vois par ta lettre que ce pauvre Francis est toujours bien enrhumé, plus même que lorsque je l'ai vu.
Aussi malgré tout le plaisir que nous aurions à vous voir demain, il est préférable que vous ne veniez
pas, le temps est tellement dur, aujourd'hui nous avons chez nous 14 degrés. Aussi nous préférons faire le
sacrifice de votre visite à cause du rhume de Francis. Il ne faut pas jouer avec cela par un pareil froid. Je
sais bien qu'il est toujours dehors mais il fait si froid [à] voyager surtout le matin, les trains n'en finissent
pas. C'est par le train de huit heures le soir qu'on souffre le moins. Ne venez donc pas et reste à bien

soigner le rhume de ton mari. Dis-lui que son papa et sa maman veulent qu'il se soigne bien et qu'il ne soit
pas sur les routes ces temps-ci pour venir les voir. Je n'ai rien de nouveau à t'apprendre, ma petite Jeanne.
Marie te dit ce que j'aurais dit moi-même. As-tu bien fait mes excuses à Mme Mouton (sœur de Francis)
de ne pas avoir été la voir mercredi, j'en étais toute contrariée le soir, et je ne pouvais me le pardonner.
J'ai trouvé à mon arrivée une très jolie lettre de cette bonne dame ce qui a encore augmenté mon regret.
Fais-lui, je te prie, toutes mes amitiés quand tu la verras. — Dis bien à Francis de notre part lu il fasse
toutes ses visites en voiture (Voiture hippomobile...), qu'il ne regarde pas à la dépense surtout et qu'il se
couvre bien. — Si je reçois une dépêche m’annonçant que vous veniez demain matin, vous trouverez
quelqu'un à la maison pendant la grand-messe. — II y a aussi un train express [1 r° tv] qui part de Caen
à 11 h 54 et arrive à Lisieux à midi 54. Vous souffririez moins par ce train. Vous pourriez déjeuner chez
vous et partir après. Je ne suis pas sûre qu'il y ait des secondes.
Adieu, ma bonne petite Jeanne, nous t'embrassons tous comme nous t'aimons. Embrasse bien pour nous
ton cher mari.
Ta mère qui t'aime de tout son cœur,
C. Guérin

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