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De Madame Guérin à Jeanne La Néele - 10 mai 1892.

 

De Madame Guérin à Jeanne La Néele. 10 mai 1892.  

Ma chère petite Jeanne,

Je suis bien heureuse de te savoir partie et en route pour le Mont Saint-Michel par une si belle journée. J'ai bien pensé à vous et vous suis en esprit. Je ne reçois pas de dépêche, mais je ne suis pas inquiète, car il n'y a pas de télégraphe au Mont Saint-Michel. Quand tu auras l'occasion dans une grande ville de nous en envoyer une, nous t'en serons reconnaissants.

Ton petit père est allé  aujourd'hui même à Caen chercher ton oncle. Il a bien déjeuné chez toi, et il nous a ramené ce bon M. Martin à 4 heures. Le voyage s'est [lv°] très bien passé. Le moral est aussi bien que possible, mais ses pauvres jambes ne peuvent plus le porter.

II fallait le porter dans la voiture. Il a pleuré tout le temps et paraît si heureux d'être au milieu de ses enfants. Il est bien installé dans la chambre du 2e, mais il n'en pourrait descendre, il en serait incapable. Céline et Léonie sont bien heureuses. Elles désiraient ce jour depuis si longtemps.

Excuse mon griffonnage car je suis mal installée et le jour baisse, je n'y vois presque plus. Ma santé est assez bonne, je pense descendre demain soir. Nous parlons souvent de toi comme tu penses bien et nos fillettes ont beaucoup d'espoir que tu obtiendras ce que tu désires. Les Carmélites font une neuvaine. [2r°] Tu n'es pas oubliée, je t'assure, ma petite Jeanne, et ce matin à déjeuner nous parlions d'un petit Joseph ou d'une petite Anne-Marie-Charlotte. Je ne t'en dis pas plus long, ma chérie, car ma lettre est tellement décousue que c'est une charité te faire que de la terminer ici. Je ne suis pas en veine, mes idées sont sans doute comme mon installation, mais ce qui reste toujours vaillant et aimant, c'est mon cœur qui aime bien ses chers enfants. Nous serons bien unis à toi dans la prière. Nous vous embrassons tous les deux de tout cœur.

Votre mère toute dévouée.

C.G.

Surtout profitez bien de votre voyage, [2v°] je suis bien contente que ton bon mari prenne cette petite vacance, il en a besoin, je souhaite que vous vous portiez bien et que les migraines ne fassent pas d'apparition.

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