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De Madame Guérin à Jeanne La Néele - 2 juillet 1892.

 

De Madame Guérin à Jeanne La Néele. 2 juillet 1892. 

2 Juillet 1892.

Ma Chère petite Jeanne,

J'ai bien reçu ta gentille lettre hier et ce matin je m'empresse d'y répondre. J'ai pris le lit jeudi et jusqu'ici je ne me porte pas mal. Seulement mon écriture et mes idées se ressentent peut-être de mon repos forcé. Je suis bien contente que tu aies eu de la distraction cette semaine et que tu aies vu souvent Marie ( Marie Asseline, jeune épouse d'H. Maudelonde?), mais je voudrais bien que ce qu'on t'a dit au sujet de Virg. . (Virginie, nouvelle domestique des La Néele) ne soit pas vrai. Et pourtant je vois que tu as plusieurs raisons de le croire. Enfin, tu me parais prendre ton parti gaiement [lv°] tu fais bien. Néanmoins, si le défaut est trop apparent, il ne faut pas la garder, car vous n'auriez avec elle aucune tranquillité. - Pour nous, nous avons enfin pris un parti. Nous ne gardons pas Justine, et nous gardons Désiré (Désiré Le Juif). Sa femme viendra avec lui. Mme Montreuil a très bien compris cela, elle demande seulement le temps de trouver une bonne, ce qui est facile à comprendre. M. Martin va toujours bien gentiment, voilà deux jours qu'on le mène auprès de la rivière voir baigner son chien, ce qui le rend très heureux.

Nous avons reçu ce matin une lettre de faire-part de la mort de Jeanne Monnier, nièce de M. Tifenne. Cette pauvre jeune fille n'a que vingt ans.

[2r°] Je pense bien que tu ne compte pas sur Céline demain, il vaut mieux qu'elle attende pour s'absenter que sa maison (Rue Labbey) soit tout à fait organisée. Mais ce sera bientôt, j'espère. Tu vois que nous

commençons à nous tirer d'affaires. Je ne t'ai peut-être pas dit que le ménage enseigné  par Francis nous avait répondu qu'il était placé.

Je suis heureuse de penser que la pièce que tu as vue n'a eu qu'une bonne influence sur toi. Le bon Francis est un peu malin, il m'a bien amusée avec ses réflexions sur la douceur de sa petite femme, et je suis sûre que maintenant il ne demande pas mieux que d'aller au théâtre puisque tu sais si bien tirer le [2v°] côté moral de toutes choses.

Adieu, ma chère petite Jeanne, je ne sais si Marguerite Leroy est de retour, je ne l'ai pas encore vue. Si vous pouvez aller demain après-midi à la mer, vous ferez bien d'en profiter par ce beau temps et j'espère que dans huit jours vous viendrez nous voir. Mon mari est allé hier chez Mr. Lecachey,mais je ne connais rien de nouveau à vous apprendre.

Je vous embrasse tous les deux de tout mon cœur, et toute la famille se joint à moi.

Ta mère toute dévouée.

C.G.

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