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De Madame Guérin à sa fille Jeanne - 24 avril 1892. Fragment.

 

De Madame Guérin à sa fille Jeanne. 24 avril 1892. Fragment. 

  (...) [2r°] Mais montre-toi ferme et courageuse, et lorsque ton voyage (pèlerinage à Sainte-Anne d'Auray, pour demander la grâce d'une maternité) sera décidé, à moins de choses qui vous retiennent absolument, par exemple les malades de Francis, ne le remets plus. Céline a parlé de ton intention à ses sœurs du Carmel, elles t'approuvent très-bien et trouvent cela très-gentil. Ton papa t'approuve aussi. Voilà ma chère petite Jeanne, les encouragements que je puis te donner. Thérèse a même dit que si tu obtenais la grâce demandée, ce pourrait être une âme privilégiée. Surtout, ma petite Jeanne, accomplis cet acte avec une grande soumission à la volonté du bon Dieu, n'importe quel en sera le résultat, abandonne-toi à ce bon Père. Tu sais que les pèlerinages sont très-bons (et je suis tout à fait d'avis que tu accomplisses celui-là), mais avant tout, ce que Dieu aime, c'est l'obéissance, c'est la soumission à sa volonté. Nous ne connaissons pas l'avenir, mais notre Père du Ciel le connaît et II dispose chaque chose pour notre plus grand bien. Peut-être ce que nous désirons le plus ne serait pas pour notre bonheur, peut-être le désirons-nous trop tôt. Dieu a ses heures, son temps marqué, et tout arrive pour le bonheur de ses enfants. A nous de nous abandonner pleinement entre ses bras. Ce n'est pas que je veuille te dire qu'il ne faille pas travailler de notre côté à mériter des grâces. Loin de moi cette pensée. C'est pour cela que je trouve le pèlerinage très-bon à condition qu'il soit accompagné de la soumission, de l'abandon à la volonté de Dieu, de l'humilité, enfin de toutes les vertus qui peuvent vous faire regarder avec complaisance par le bon Dieu. Je trouve que là surtout est le point important. Voilà, ma chère petite Jeanne, les petits conseils que je voulais te donner, c'est mon cœur qui me les dicte et je les dépose dans le tien, sachant que je serai bien comprise.

Je te recommande bien de nous donner des nouvelles de M. Martin (encore hospitalisé au Bon Sauveur de Caen à ce moment) avant ton départ, si toutefois tu dois partir, et plusieurs fois cette semaine si tu restes à Caen. Tu demanderas à ton mari de bien vouloir aller le voir, je te prie. Céline est toujours inquiète ; mon mari serait allé cette semaine à Caen sans ses nombreuses occupations. Il ira dès le commencement de la semaine prochaine. Surtout qu'on n'hésite pas à nous dire si nous devons le reprendre, le lit sera prêt lundi soir, demain.

Adieu, ma chère petite Jeanne, je viens de voir ta tante qui a de bonnes nouvelles de ses nouveaux mariés. Je t'embrasse de tout mon cœur ainsi que Francis. Donne de bons baisers à Léonie de notre part. Elle nous écrira le jour de son retour. Papa et les petites sœurs vous font mille amitiés.

Ta mère toute dévouée

24 Avril 92. C. Guérin.

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