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De Marie Guérin à J. La Néele - 7 juin 1894.

 

De Marie Guérin à J. La Néele. 7 juin 1894. 

Lisieux 7 juin 94.

Ma chère petite Jeanne

Je viens te donner des nouvelles de nos malades, elles sont assez satisfaisantes. Mon oncle a bien du mal à se remettre de sa dernière crise, il respire très fort par moments comme une personne essoufflée puis reste deux minutes sans avoir l'air de respirer du tout. Il paraît bien anéanti, bien abattu depuis sa dernière crise, enfin son état est [lv°] toujours bien précaire.

Quant à  bonne-maman, elle va bien gentiment aujourd'hui ; hier, l'après-midi, elle avait eu quelques éblouissements, mais il n'y paraît plus.

Et petite Marthe, qu'est-ce qu'elle devient?... T'amuse-t-elle avec son gentil babillage ?... elle doit être bien contente de pouvoir se promener en voiture, c'est son plus grand bonheur. Vous n'avez pas cependant fait beaucoup de promenades si le ciel de Caen est pareil à celui de Lisieux, de la pluie toutes les journées depuis Mardi, je vous souhaite meilleur temps pour le reste de la semaine. Cette vilaine pluie nous a bien dérangés aussi [2r°] non pas pour les promenades mais pour la nouvelle chambre de mon oncle (chambre aménagée chez les Guérin), elle est entièrement prête mais ne veut pas sécher, cependant demain il est à peu près certain que le déménagement sera fait. Tous ces jours nous nous en occupons beaucoup et Paul qui a sortie aujourd'hui est tout à fait à son affaire, il dégambille les escaliers, court dans le jardin avec des paquets de toutes sortes qu'il porte sur sa tête. Son professeur a fait dire à papa qu'il était très content de lui depuis sa première communion.

Nous sommes invités Dimanche chez ma tante [2v°] en compagnie de M. l'abbé Domin, je ne sais s'il y aura d'autres invités.

Cette pauvre petite Céline (Maudelonde) n'a vraiment pas de chance pour son mariage, elle a bien des épreuves causées par les malades, si mon oncle ne va pas mieux, Céline (Martin) n'ira certainement pas à la noce ; puis hier ma tante a reçu une lettre disant que Marguerite (Tostain, née Maudelonde) était retombée souffrante, il faut espérer que cela ne va pas avoir de suites.

Heureusement que tu as petite Marthe pour te distraire car je ne te parle que de malades. Que veux-tu, nous en sommes environnées, ce n'est pas de ma faute. Ici, à la maison tout le monde va bien.

Je te quitte en t'embrassant bien bien bien fort.

[2r°tv] Embrasse pour nous Francis et petite Marthe.

Ta petite sœur

Marie

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