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De Marie Guérin à Jeanne La Néele - 16 janvier 1893.

 

De Marie Guérin à Jeanne La Néele. 16 janvier 1893. 

Lisieux 16 Janv. 93.

Ma chère petite Jeanne,

A mon tour maintenant d'imiter l'écriture de Mme Enger. Cela me rend fort service, en ce moment-ci, je souffre d'un mal de poignet tellement horrible que si mon affection pour toi n'était pas d'une force centrifuge, ou plutôt je me trompe, centripète, je crois que je serais forcée de [1 v°] mettre bas les armes : porte-plume, encrier, etc.. etc..

Puis, pour comble de bonheur et de bénédiction, notre cordon bleu vient de tomber d'une si drôle de façon qu'une entorse va peut-être résulter de cette chute.

Et toi, ma chère petite Jeanne, comment vas-tu ? Ne serais-tu pas quelquefois prise par la tête ? J'en serais bien contrariée, mais les événements se précipitent d'une si drôle de façon que l'on peut s'attendre à tout.

[2 r°]Maintenant, mon cher Credidi (surnom latin de Jeanne La Néele, signifiant « j'ai fait confiance »), je suis chargée de t'annoncer que Dimanche prochain auront lieu les noces d'argent, comme curé de la paroisse St Jacques, de M. l'abbé Delatroëtte. Surtout n'assiste pas à cette cérémonie, il y aura messe en musique, procession, discours, etc.. puis l'Eglise ne sera pas assez grande pour contenir tous les heureux paroissiens qui ne sont qu'en chuchotements depuis quelques jours.

Léonie accepte avec plaisir ton [2 v°] aimable invitation.

Si tu avais vu ma tante Clémence devant ma lampe et surtout mon abat-jour !!! J'ai cru qu'elle allait se pâmer ! Elle a pris son air de circonstance qui, malgré ses exclamations silencieuses, prouvait qu'elle trouvait cela abominable.

En te quittant, maman me charge de te dire qu'elle a bien peur du mauvais temps pour dimanche. Comprends-tu ? moi je ne comprends pas, mais je fais les commissions textuellement.

Adieu ma chère petite Jeanne, je t'embrasse de tout mon cœur avec Francis. Surtout évite de te faire dire des sottises par les [2 v° tv] employés du chemin de fer de l'Ouest.

Ta petite sœur

Marie

Tout le monde vous embrasse bien. Maman va toujours bien mieux.

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