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De Marie Guérin à Jeanne La Néele - 21 décembre 1891.

 

De Marie Guérin à Jeanne La Néele. 21 décembre 1891. 

Ma chère petite Jeanne

J'ai reçu ta gentille petite lettre, il y avait bien longtemps que le facteur ne prononçait plus mon nom ; tu peux en dire autant à mon adresse mais vois-tu pour excuser ce long silence, nous allons jeter cela sur le dos de la pharmacie. Pendant tout le temps qu'ont duré les perplexités et ennuis pharmaceutiques, moi de mon côté en t'écrivant je t'aurais peut-être fait plaisir, mais tu avais d'autres [1 v°] choux à lier que de perdre ton temps à lire le babillage de ta petite sœur, et puis d'autres lettres étaient attendues plus impatiemment. Ta petite lettre était si affectueuse que je voudrais bien te répondre pareillement, mais tu connais Marie, ce n'est pas une fille à savoir s'exprimer ni à démonstrations, mais au fond, il y a du bon, elle a l'air plus mauvaise qu'elle ne l'est réellement et au fond de son cœur il y a un grand précipice qui renferme beaucoup d'amour pour sa petite Jeanne. Tu me dis que tu m'aimes depuis ma naissance, moi j'ai le regret de ne pouvoir t'en dire autant, je n'avais pas assez de raison pour comprendre qui tu étais, cependant petit à petit j'ai vu en toi sans doute un petit bébé qui était bien de mon [2 r°] âge et avec qui je m'amusais, alors à ce moment-là ma petite langue s'est déliée et un de mes premiers mots a sans doute été celui de Jeanne. Il était peut-être un peu difficile à prononcer mais on comprenait bien dans mon petit barbouillage qui je voulais nommer.

Revenons à aujourd'hui !... Les bébés sont devenus de grandes dames et de grandes jeunes filles. La grande jeune fille, non pas celle d'Hérouville mais celle de Lisieux a grandi non pas en taille mais en sagesse, elle est chargée de beaucoup de commissions pour Mme La Néele.

D'abord la tante Clémence doit aller à Bayeux pour l'inhumation de M. Jourdain, elle ne passera pas probablement par Caen, dans tous les cas elle ne ferait que passer entre deux trains [2 v°] et ne serait déjà plus, attendu qu'elle prie Mme La Néele de bien vouloir l'excuser si elle ne descend pas chez elle, ne serait-ce que cinq minutes, parce que M. Campion étant très malade, elle tient à lui faire une petite visite.

Je voudrais bien savoir, sans indiscrétion, si tu as acheté des mouchoirs de batiste pour les étrennes de Léonie, j'en ai acheté aujourd'hui 2, mais ils ne sont pris qu'à condition ; voudrais-tu, je te prie, me donner ce renseignement le plut tôt que tu pourras.

Adieu, ma chère petite Jeanne, je t'aime et t'embrasse de tout cœur, Francis compris.

Ta petite sœur

Marie

Je suis chargée d'une infinité  de baisers à te transmettre de la part de tout le monde. Maman garde la chambre depuis ce soir, jusque-là elle va bien gentiment.

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