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De Marie Guérin à Jeanne La Néele - 7 (?) septembre 1891.

 

De Marie Guérin à Jeanne La Néele. 7 (?) septembre 1891.

Ma chère petite dame La-Néele,
Je suis le messager fidèle
Chargé d'une bonne nouvelle,
Pour chère dame La Néele.
Son Papa vient à tire d'aile
Mercredi déjeuner chez elle.
Après prend le train de Bayeux,
Pour voir un de ses neveux.
Revient le soir chez les heureux
Prendre un repas délicieux. [1 v°]
Reprend le chemin de Lisieux
Où l'attendent huit petits yeux
Avides de nouvelles
De Madame La Néele.

Ma chère petite Jeanne je commence à être fatiguée de te parler en vers, cependant sois sûre que j'y ai mis
toute ma rhétorique, il y a huit pieds à tous mes vers. Je ne crains pas les vérifications de mon cher beau-
frère, j'ai la conscience tranquille sur ce sujet ; cependant j'avouerai bien qu'il y a un seul vers qui manque
du métrage. Cherchez et vous trouverez ! ! M... Je ne regrette qu'une chose c'est que ma verve poétique ne
se soit pas trouvée un jour de fête [2 r°] ou anniversaire quelconque... elle aurait eu quelque raison d'être...
enfin il faut prendre les poètes quand ils sont en verve. La morale de cette histoire est que : Petite dame
La Néele devra se tenir chez elle Mercredi pour recevoir son papa à déjeuner et à dîner, l'après-midi elle
devra lui donner congé pour affaire à Bayeux chez Ernest (Maudelonde (1862-1941), encore célibataire ;
il a acheté à Bayeux l'étude de Me Sébire) son cousin. Elle aurait pu l'accompagner et profiter de ce
voyage pour aller faire sa visite à Mme Tostain mais aujourd'hui même cette dernière est arrivée à La
Musse.
Ma chère petite Jeanne, il faut que je te parle sérieusement maintenant mais ce petit bout de lettre regarde
[2 v°] davantage Francis.
Je sais que papa a le désir de faire Dimanche une petite fête de nuit, naturellement s'il nous a laissé voir ce
désir c'est qu'il veut que nous nous en occupions. C'est déjà nous qui avons pris l'initiative du dîner, pour
la soirée nous pensions illuminer tout le petit bois avec des lanternes vénitiennes. Nous en avons déjà
fait l'essai une fois l'année dernière (le 28 avril) et papa avait trouvé cela charmant. J'ai donc ce qu'il me
faut pour l'illumination en lanternes. Je laisse à Francis le soin de faire le reste, cinq à six feux de bengale
ne feraient pas mal dans le tableau. Je vous charge donc, mes petits enfants, de ce genre d'éclairage.
Quelques pétards ne feraient pas mal non plus mais comme tante Clémence assistera à cette fête nocturne,
il faut éviter de faire peur à nos invités et de [1 r° tv] leur faire prendre la fuite. Je laisse donc à Francis
le soin de l'illumination, moins les lanternes vénitiennes bien entendu puisque nous les avons. Comme il
a l'esprit inventif je me confie en lui...... Surtout pas un mot à papa ni à maman de cette terminaison de
lettre. Cette fête est un très grand secret, ils ne savent pas que nous ferons une fête nocturne.
Adieu ma chère petite Jeanne, je t'embrasse de tout cœur et remercie Francis d'avance. Donne-lui un bon
baiser. T.S.V.P.

[1 r° tv] Surtout n'oublie pas la belle corbeille de fleurs...
[2 r° tv] Maman va bien mieux et descend maintenant dans le jardin. Francis aurait-ii l'extrême bonté de
nous apporter une boîte de DEMI-PLAQUES.
Ta petite sœur
Marie

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