Imprimer

De sœur Marie du Sacré-Cœur à Jeanne Guérin - 22 juillet 1890

 

De sœur Marie du Sacré-Cœur à Jeanne Guérin. 22 juillet 1890

Jésus !
J.M.J.T.
Ma chère petite Jeanne,
Je puis dire que je t'écris au clair de la lune car je n'y vois plus dans ma petite cellule, il est plus de huit
heures et demie. Je suis donc là toute seulette profitant des derniers instants du crépuscule pour parler
avec toi. Demain nous lavons toute la journée c'est pourquoi je me presse tant de courir dans ta solitude.
Ce n'est pas tout à fait la même que celle du Carmel et pourtant à travers les sentiers ombragés des bois,
dans les petits chemins perdus et cachés, il semble qu'on est plus disposé à se recueillir et à réfléchir
sérieusement sur la vie.
Mais celle qui s'ouvre devant toi, ma chère petite Jeanne, n'est-elle pas [1 v°] depuis longtemps
préméditée par le bon Dieu. Tu n'as donc rien à craindre. Sans doute ta vie si heureuse soit-elle ne se
passera pas sans épreuves. Comment gagnerions-nous le Ciel si nous n'avions que des roses à cueillir?
Mais aussi pourquoi ne pas vivre au jour le jour sans nous inquiéter d'un avenir qui ne nous appartient
pas ? La vie ne nous est-elle pas donnée seconde par seconde ? Le bon Dieu nous traite tous comme des
petits enfants, à nous de nous laisser conduire pas à pas en tenant toujours la main de ce bon Dieu qui
nous aime tant et qui nous protégera toujours... Aie confiance, ma chère petite Jeanne, je crois que tu
seras bien heureuse, abandonne-toi à la Providence et ne te tourmente de rien.
Notre bonne Mère a fait double neuvaine à St Joseph et à St Expédit pour la vente de la pharmacie.
(pharmacie de Francis La Néele). [2 r°] Nous allons continuer de prier pour le prompt dénouement de
cette affaire. Aujourd'hui je l'ai recommandée à Mère Geneviève, ainsi ma petite Jeanne, te voilà en
bonnes mains. C'est avec bonheur que je ferai la sainte Communion pour toi Samedi. (le 26, fête de
sainte Anne). En tout temps, à chaque heure, tu peux compter sur les prières de trois petites sœurs du
Carmel.
10 h. 1/2. Cette fois je viens clore ma lettre... Devine où je t'écris. A l'infirmerie assise dans un fauteuil
près du lit à matelas! qui m'attend. Me voilà bien malade ?... Tranquillise toi, ma chère petite Jeanne,
je ne suis pas encore mourante, mais je suis là installée depuis deux nuits pour remplacer notre pauvre
Mère qui elle ne se couchait pas sur un matelas ! et qui s'est tellement fatiguée pour notre sainte Mère
Geneviève qu'un gros rhume vient de l'abattre tout à fait. Aussi si vous m'envoyez quelque gâterie pour
le 15 août, sais ‑ [2 v°] tu ce qui me ferait le plus plaisir? Deux bouteilles de vin de Frontignan. Je lui
en donnerai un petit verre tous les jours. (Marie du Sacré-Cœur seconde alors sœur Aimée de Jésus,
infirmière an cœur d'or, et à ce titre, elle rend maints services à Mère Geneviève, mais elle est aussi aux
petits soins pour sa prieure Marie de Gonzague, qu'elle aime beaucoup) et cela me durera longtemps.
Tu vois que j'y vais tout simplement. N'oublie pas ta mendiante de cousine qui a toujours quelque chose
à vous quêter. Que veux-tu, ma pauvre Jeannette, nous n'avons plus que vous, puisque notre cher petit
père n'est plus là et nous agissons avec mon oncle et ma tante avec un père et une mère.- Je n'ai le temps
d'écrire à personne qu'à toi, mais veux-tu dire à Marie et à Céline que Thérèse de l'Enf. Jésus serait ravie
d'avoir de la tremblette, ce que nous appelons chez nous l’herbe au lièvre et si elles en trouvent, deux
bouquets d'avoine comme il y en avait chez Melle Léonie. S'il y a encore des bleuets cela fera plaisir aussi
ainsi que quelques boutures de fuchsias, une bouture de chaque espèce.
Maintenant j'ai un petit renseignement à demander à mon oncle de la part de notre Mère. Pourrait-il lui
rendre le service de s'informer s'il y a à Asnières. (commune dont dépend La Musse), un Mr Grajon, rue
du Château 6 ; et ce qu'est ce Mr? Si c'est un honnête homme; il doit entrer en affaires avec une personne
qui ne le connaît pas et qui est venue prier notre Mère de lui donner conseil.
Adieu ma petite sœur chérie. Je te quitte cette fois pour tout de monde [lire : bon]. Je vous aime et vous
embrasse tous bien fort.
Marie du S. Coeur
[1r° tv] Des avoines s'il te plait.

Retour à la liste des correspondants