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De Madame Guérin à son mari - 26 juin 1888.

De Madame Guérin à son mari. 26 juin 1888.

 

Mon Cher Ami

9 heures 1/4 Matin, ( Mme Guérin écrit de Lisieux à son mari, parti au Havre le lundi 25, à la recherche de M. Martin disparu depuis le samedi 23).

Je viens de t'envoyer une dépêche. Je crains que vous ne la compreniez pas bien ; j'ai même peur qu'elle ne vous trouble plutôt qu'elle ne vous serve, mais enfin, je ne sais pourquoi,j'ai cru mieux faire de l'envoyer. Voici la copie des lettres que j'ai reçues ce matin. Je la joins à ma lettre ........

Ce qui est fâcheux c'est que nous n'avons pas la date de la lettre écrite de Trouville par M. Martin. L'a‑t-il écrite samedi ou est-il revenu le [1v°] lundi matin à Trouville après avoir fait sa demande d'argent à Céline ? Voilà ce que nous ne savons pas et qui cependant est très important. Aussi je me décide à envoyer une dépêche à Pais pour savoir la date de la lettre de Trouville, si je la connais avant la fin de ma lettre je vous la dirai, sinon je vous enverrai une nouvelle dépêche. Que je vous plains donc tous ! et que tous nous souffrons ! Nos cœurs sont oppressés. Heureusement les pensées de la foi nous soutiennent. Je reporte ma pensée sur le st homme Job [2 r°] qui éprouvait tant de maux à la fois et qui toujours répétait : Que le nom du Seigneur soit béni. Et notre pauvre petite Céline combien elle souffre ! Tu ne m'as pas écrit je crois bien, mais j'ai vu la lettre d'Ernest. La Mère Marie de Gonzague m'a aussi donné des nouvelles de Céline. Pauvre enfant, je la suis bien en esprit dans lai voie douloureuse. Il n'est pas possible que Dieu ne prenne pas en pitié, tant de courage et de soumission, et tu verras que la fin de tout cela ne sera peut-être pas aussi pire que nous la craignons. Mais jusque-là il faut souffrir cruellement. Mon [2v°] Dieu, je répète avec vous : Que la Croix est lourde !

Adieu, mon bien Cher Ami, nous t'embrassons tous de tout notre cœur. Tout le monde vous suit en esprit et est navré de douleurs.

Ta femme toute dévouée

C.G.

J'embrasse bien de tout cœur ma petite Céline. Léonie pense bien à elle et souffre en union avec elle. Embrasse bien aussi le bon Ernest.

Jeanne et Marie embrassent bien leur bon petit père ainsi que leur chère Céline ; elles partagent toutes leurs peines et toutes leurs angoisses.                                                                       

As-tu écrit à Me du Boulay après avoir reçu la lettre de M. Duchesne ? Ai-je quelque chose à faire? Je ne sais pas si tu n'as pas écrit dimanche.

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