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De Léonie Martin à sœur Geneviève - 6 août 1897

La Musse 6 Août 97

Ma très chère petite sœur,

C'est à Marie du Sacré Cœur que je comptais écrire pour la remercier de ses dernières lettres qui m'ont tant touchée. Mais c'est ta fête qui me force à te donner la préférence, je suis sûre que notre chère aînée n'en aura pas de peine, au con­traire ; ce que j'écris à une, n'est-ce pas pour vous toutes ? vous êtes toutes confondues dans le même amour, il me serait impos­sible d'exprimer toute la tendre affection que je ressens pour vous.

Mon âme et mon cœur sont sans cesse avec vous près du lit de notre ange tant aimé, attendant dans l'angoisse, mais résignée tout à la fois, le moment de son départ pour la Patrie. Ecoute, ma petite sœur, ce sera un jour de fête pour elle et pour nous aussi. Tu ne saurais croire ce que je souffre de la savoir tant souffrir, à un tel point que malgré la douleur que je ressentirai de son départ, j'éprouverai un véritable soulagement de savoir notre sainte dans un bonheur parfait. Il n'y a rien qui vous console autant dans ces séparations cruelles comme les pensées de foi, tout est là ! Car, après tout, ce que, dans notre aveuglement, nous appelons la mort, est véritablement la vie, c'est l'exil où nous sommes qui mérite seul être appelé de ce nom. Notre cher Ange l'a compris, voilà d'où vient son bonheur de partir.

J'ai eu un moment de faiblesse, ma petite sœur, lorsque same­di j'ai appris les progrès du mal de notre chérie. Et pour comble me voir clouée une semaine de plus à La Musse, vraiment c'était au-dessus de mes forces ; mais Jésus m'a sou­tenue et je vois bien que je vais supporter cette épreuve jusqu'au bout, mais c'est très dur et il ne faut pas que je pense au len­demain.

Je te souhaite une bonne fête, petite sœur chérie, elle n'est pas gaie cette année, elle se passe dans les larmes, unissons-les à celles de Jésus et elles seront moins amères.

Ta petite sœur qui t'aime tendrement.

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