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De Léonie à Thérèse. (Fragment.) - 15 Octobre 1887

De Léonie à Thérèse. (Fragment.)
15 Octobre 1887


Ma bien aimée petite Thérèse,
Je viens te souhaiter une bonne fête, tu sais ce que je désire le plus pour toi, je n'ai pas besoin de te
nommer cette grâce ; tu la connais bien, petite enfant privilégiée de Jésus.
Voilà un an déjà que notre chère Marie est au Carmel, tu étais là, toi, à son départ, mais moi je
n'y étais pas; il y avait huit jours que j'étais entrée aux Clarisses. Quand je pense à cela, vois-tu, je
remercie le bon Dieu de m'en avoir fait sortir, pour me conduire dans ma chère Visitation où je suis si
heureuse, malgré les épines qui parfois me déchirent le cœur, mais qu'est-ce que cela en comparaison
des Clarisses! Ce sont des roses que j'ai la lâcheté de fouler aux pieds quelquefois, car il y a bien à
faire pour faire de moi une sainte. Mais, petit à petit, on y parvient tout de même avec la grâce de
Dieu. Depuis le jour où je t'ai vue, j'ai fait bien des efforts; pourtant je pourrais encore mieux faire
pour Notre Seigneur je le sens bien. Ah! que je voudrais me jeter avec courage dans tous les sacrifices.
Vois-tu, chère petite sœur, cela me fait du bien de parler avec toi, je sais que tu me comprends malgré
ton jeune âge; aussi je veux te confier un des plus grands désirs de mon âme, qui est l'union intime
avec Jésus, car qui a Jésus a tout, c'est le trésor des trésors; en Lui seul on trouve le bonheur et non
pas dans la créature où l'on ne trouve que peines et chagrins de toutes sortes. Parce que notre cœur est
fait uniquement pour Dieu, Lui seul peut le remplir pleinement, il est trop grand pour le monde; aussi
quelle folie, n'est-ce pas, d'avoir trop d'attachement pour les créatures. Tu le sais, je puis en juger par
ma propre expérience, car jusqu'à présent je n'ai pas su posséder mon pauvre cœur. Toi, petite sœur
chérie, le bon Dieu a su tellement ravir ton cœur si pur que tu n'as pas connu toutes les angoisses qui
naissent des folles affections. Aussi, Jésus l'aura dans toute sa fraîcheur. Qu'il en soit mille fois béni, je
m'en réjouis pour toi.
Pardonne-moi, ma chérie, de n'avoir pu t'envoyer ma lettre pour ta fête; elle est commencée depuis
vendredi, mais j'ai été jusqu'à présent si occupée qu'il m'a été impossible de la finir, et tu sais qu'il
me faut plus de temps qu'à une autre pour écrire, et je m'explique si difficilement que tu vas avoir
de la peine à me comprendre. J'ai beaucoup prié pour toi toute la journée et ce matin surtout dans
ma communion; c'est tout ce que je puis t'offrir; tu sais, je n'ai plus rien maintenant que mes pauvres
prières.
C'est demain 17 la fête de notre bienheureuse Sœur Marguerite--Marie, tu sais bien qu'elle m'a guérie
miraculeusement (cf. lettres de Mme Guérin du 5 mars 1865 et du 27 juin 1865), tu sais aussi ma
dévotion pour elle; elle n'est bien sûr pas étrangère au bonheur que j'ai d'être à la Visitation, cet ordre
béni dont elle est la gloire. Prie-la bien pour moi, afin que s'il le faut elle m'obtienne un second
miracle pour que je devienne une sainte visitandine.

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