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De Léonie à Céline - 13 juillet 1893.

 

De Léonie à Céline. 13 juillet 1893. 

Visitation de Caen

13 juillet 1893.

Ma bien chère petite Céline,

Je suis sûre que tu es impatiente de recevoir ma lettre annoncée et moi je ne le suis pas moins pour répondre à ta chère lettre. Je ne devais t'écrire que dimanche, mais notre bonne Maîtresse ne veut pas que je tarde plus longtemps.

Ma bien-aimée sœur, je tiens absolument que tu me fasses connaître tes souffrances, qui sont toutes miennes, tu le sais pourtant bien ; nous ne sommes séparées que de corps seulement, nos âmes et nos cœurs (sont restés et resteront toujours très-parfaitement unis, il n'y a point d'éloignement, ni de clôture pour nous deux, si tu savais comme je t'aime et comme je pense à toi ! Je te suis partout en esprit parce que tu es ma plus chère entre tous. Ainsi ne me cache rien sous prétexte que tu me ferais de la peine, je veux tout savoir et tu sais, je sais bien lire entre les lignes.

Je ne puis, petite sœur tant aimée, te dire toute la tendresse que j'ai pour toi. Sans cette volonté expresse de Dieu qui s'est manifestée par mes Supérieurs, je n'aurais jamais consenti à te quitter. Dieu sait ce qu'il m'en coûte, j'ai souvent le cœur bien gros en y pensant, mais je me dis que les séparations de la terre sont bien courtes et cela me console ; je me réjouis à la pensée du Ciel, où nous nous retrouverons sans plus jamais nous quitter. Comme nous serons heureuses alors d'avoir beaucoup souffert ici-bas, de nous être séparées pour mieux aimer et servir le bon Dieu, afin de le contempler ensemble pendant toute l'éternité.

La vie que j'ai embrassée avec tant d'amour est une vie de croix et d'immolations continuelles, mais elle ne cesse pas pour cela d'être bien douce et de me convenir tout à fait bien. J'ai dit au Cœur de Jésus que j'aime tant, que je lui donnais toute ma bonne volonté mais qu'il devait faire le reste. Alors pendant tout le temps de ma vie religieuse, je m'appliquerai à étudier ce divin Cœur qui se manifestera à moi par mes chères Mères qui me sont si bonnes et dévouées et tout ira bien.

Ma bien-aimée Sœur, après avoir si bien parlé il faut nous quitter pour courir au devoir. Je me demande si notre cher papa est toujours bien heureux, son souvenir me vient souvent à l'esprit. Je le vois entouré, ce vénéré père, par ma petite Céline et je suis là, moi aussi, parce que nous ne cessons pas d'être unies.

Embrasse-le bien pour moi, je n'oublierai jamais la manière dont il m'a embrassée pour la dernière fois. Il l'a fait si tendrement ! comme s'il avait su qu'il ne me reverrait plus (Léonie en effet ne reverra jamais son père puisqu'elle ne quittera la Visitation que le 20 juillet 1895, un an après la mort de M. Martin).

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