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Circulaire de Soeur Aimée de Jésus

 

Léopoldine-Marie-Cécile Feron   1852-1930

 

Paix et très humble salut en Notre‑Seigneur qui, dans le temps consacré à sa sainte enfance, au lendemain de son Epiphanie, a retiré de ce monde pour se manifester miséricordieusement à son âme, nous en avons la douce confiance, notre très chère Soeur Marie‑Léopoldine, AIMÉE DE JÉSUS DU COEUR DE MARIE. Elle était âgée de 79 ans, moins 17 jours, et avait passé 58 ans, trois mois et 25 jours dans la sainte religion du Carmel.

Notre chère Soeur naquit à Anneville‑en‑Saire, dans la Manche, de parents très chrétiens, aisés cultivateurs. Elle fut la deuxième d’ une famille de 7 enfants. Dès son jeune âge, Léopoldine pensa à se faire religieuse et même Carmélite, par­ce que sa mère avait une parente au Carmel anglais de Valognes, dispersé depuis la guerre de 1870. Ayant entendu blâmer, à propos de cette parente, la vocation de Carmélite, elle eut l’attention éveillée de ce côté, et pensa : « Eh bien ! moi, malgré tout ce qu’on dit, j’imiterai un jour ma cousine ».

Elle se mit alors à lire la Vie des Saints, et voyant les supplices infligés aux martyrs, elle se dit : « je vais m’essayer au martyre, pour voir si j’aurais la force de crier jusqu’au bout : je suis chrétienne ! » Et la voilà qui s’arme d’un canif et s’arrache entièrement l’ongle d’un doigt de pied !

Vers l’âge de 11 ans, elle subit une crise terrible de révolte contre l’autorité maternelle. « J’étais comme possédée du démon de la désobéissance, nous confiait‑elle. Et j’entends encore ma pauvre mère me dire : « Si tu continues, tu seras le déshonneur de la famille ». A cela, je répondis brusquement : « N’ayez aucune crainte de mon avenir, je ne vous ferai point de déshonneur, car je serai religieuse ». A partir de ce jour, je pris tellement sur moi, que je m’assouplis, et.ma mère oublia mon vilain passé ».

Notre adolescente entra, trois ans après, au Pensionnat Notre‑Dame de Saint‑Pierre‑Eglise. Elle aurait été douée certainement pour réussir dans l’étude, avec son goût de creuser, d’analyser, d’aller au fond des choses ; mais son dessein très arrêté d’être, plus tard, Soeur converse dans un Carmel, et la crainte d’imposer une dépense inutile à ses parents, l’ empêchèrent de demeurer le temps nécessaire au pensionnat : « je ne voulus rester en classe, nous dit‑elle, que tout juste le temps d’apprendre ce qu’ il est indispensable de savoir pour se suffire en Communauté ; combien je l’ ai regretté ensuite ! »

Le directeur de la jeune fille avait été l’ aumônier du Carmel de Saïgon, dès la fondation de ce monastère par celui de Lisieux. Revenu en France, pour refaire sa santé, il offrit sa pénitente, dès qu’elle eut atteint sa vingtième année, à notre Vénérée Fondatrice, la Révérende Mère Geneviève de Sainte Thérèse. « Ai‑je eu de la chance, s’exclamait notre bonne Soeur, que le Carmel de Lisieux soit alors épuisé par les fondations de Saïgon et de Caen ! Sans cela, on ne m’y aurait jamais reçue, surtout comme Soeur de Choeur, car mon directeur ne voulut point me proposer comme Soeur du Voile blanc, et je dus faire le sacrifice de mes attraits . Cependant ses frères,. qui avaient appris sa résolution d’être Carmélite, la taquinaient souvent sur les pénitences pratiquées dans un ordre austère, lui affirmant qu’elle ne les pourrait supporter. A quoi elle répondait fièrement : « Si je ne puis pas rester où je veux aller, je reviendrai avec vous, et soyez assurés que je ne tenterai jamais deux essais ».

« Peu après cette déclaration, mon orgueil fut bien mâté », disait notre chère Soeur. En effet, son directeur qui avait le désir de se faire Chartreux, lui conseilla d’abandonner son projet du Carmel pour se diriger vers la Chartreuse de X, où elle passa trois semaines, ne cessant de pleurer jour et nuit. C’est alors qu’en dépit des protestations faites à ses frères, elle quitta ce couvent pour entrer au Carmel.

Ce fut le 11 octobre 1871, que la Révérende Mère Geneviève de Sainte‑Thérèse ou­vrit les portes de notre Monastère à la jeune postulante,dans sa vingt et unième année. Elle lui donna le saint Habit à l’époque ordinaire et reçut ses voeux, le 8 mai 1873.

Douée d’ un tempérament des plus robustes, notre fervente Soeur suivit toute la règle avec une grande générosité. Cependant le jeûne lui fut extrêmement pénible. Combien de fois, les matinées lui parurent‑elles interminables, tant elle souffrait de la faim ! Mais elle était dure à elle‑même, et contente de faire pénitence pour les pécheurs.

Notre si chère Soeur Aimée de Jésus avait une nature très complexe et difficile à pénétrer. .Elle cachait de vraies qualités de coeur et une profonde piété, sous une rudesse de formes qui déconcertait au premier abord. Et par ailleurs, il faut bien l’avouer, elle manquait d’envergure, se perdait dans des minuties et compliquait toutes choses comme à plaisir.

Aucun Supérieur, ni Directeur, ne parvint, croyons‑nous, à comprendre cette âme à fond, malgré de longs entretiens, et des in‑folios qu’elle leur faisait passer au besoin, dans les premières années de sa vie religieuse. L’un d’eux, qui estimait pourtant ses réelles vertus, disait : « Cette bonne Soeur ! plus elle parle, plus elle s’explique, et moins on la comprend. »

L’obligation du bréviaire l’effraya tout d’abord et longtemps. « Je ne pouvais me résigner, nous confiait‑elle dernièrement encore, à réciter d’aussi longues prières en latin, sans en saisir le sens. Enfin, au bout de 10 ans, le bon Dieu eut pitié de moi et, après une retraite donnée par un Père Jésuite, je vis la beauté des prières liturgiques, et je mis toute mon application à m’en nourrir l’esprit, lisant et relisant la traduction de l’ Office divin en français, de sorte que je ne fus pas longue à tout comprendre. Les hymnes surtout, me charmaient ; les antiennes, répons, versets, tout s’imprimait dans ma mémoire, qui est bonne et je me trouvai soulagée, sur ce point si important, pour le reste de ma vie .

« Le bon Dieu est admirable dans ses Saints, ajoutait‑elle, je l’ai souvent remarqué en lisant leurs légendes du bréviaire... » De ces légendes, elle connaissait, en effet, les moindres détails. L’une d’elles lui avait inspiré cette naïve prière, tracée au crayon sur un revers d’enveloppe, et que nous venons de trouver en tête d’un psautier latin‑français à son usage :

« Saint Antonin, vous qui avez reçu le don d’apprendre toutes les sciences sans le secours d’ aucun maître, soyez mon protecteur dans l’ étude que je fais du psautier et du bréviaire ; développez, je vous prie, ma petite intelligence et remplissez ma mémoire des saintes pensées que je trouve dans l’un et l’autre de ces livres sublimes, afin que mon âme glorifie le Seigneur nuit et jour, dans cette sainte occupation qui me rend heureuse ici‑bas. C’est dans cette source limpide que je noie toutes mes peines. »

Chose remarquable : notre humble Soeur, à force de recherches et d’études per­sévérantes, parvint non seulement à comprendre l’Office, mais à en posséder si parfaitement les rubriques que les Sous‑Prieures recouraient à ses avis dans les cas difficiles, et pouvaient les suivre sans crainte de se tromper.            

Ce point de la récitation du bréviaire, ne lui fut pas seul laborieux, ma Révérende Mère. Il y avait encore son inaptitude aux travaux à l’aiguille. Sans doute, elle se rendait utile dans la fabrication des pains d’autel, de l’encens, et autres obédiences de ce genre ; mais elle trouvait à chaque instant des occasions de regretter son refus de s’instruire, et de n’avoir voulu connaître que les travaux du ménage et des champs.

« Par quelles humiliations j’ai passé ! répétait notre pauvre Soeur, dans sa vieillesse. Quand je vis, la première année, mes compagnes du noviciat si habiles brodeuses, offrir de si belles choses à Mère Geneviève pour sa fête, et que mon cadeau, à moi, consistait dans une méchante tunique, et encore bien mal cousue, quelle honte ! »

Après sa profession, on la donna comme aide à la première infirmière, Soeur Adélaïde de la Providence, chargée en même temps de l’Office des Reliques. Elle apprit ainsi à soigner les malades et, dans ses moments libres, à travailler le ribet, ornementation alors très appréciée pour les reliquaires.

En 1881, à la mort de Soeur Adélaïde, à qui elle devait tant de reconnaissance et qu’elle regardait, à bon droit, comme une sainte, elle continua de remplir ces deux emplois, à la satisfaction de ses Mères Prieures.

C’est entre les bras de notre dévouée Soeur que mourut la Vénérée Mère Geneviève de Sainte‑Thérèse. Elle était devenue aveugle et réclamait sans cesse sa charitable infirmière, dès qu’elle ne l’entendait plus. Pendant sa douloureuse agonie quelques minutes avant d’expirer, elle l’appela encore, d’un ton si doux, et lui dit : « Ma Soeur Aimée de Jésus, comme il faut pâtir pour mourir! »

Cette chère Soeur resta première infirmière jusqu’en 1896, époque où l’emploi du tour lui fut confié, à la place de Soeur Thérèse de l’Enfant‑Jésus, arrêtée par la maladie. Trois ans après, on la rappela à l’infirmerie, pour y rester jusqu’en 1908. Depuis lors, jusqu’à la fin de sa vie, elle se dévoua comme tierce de la Dépositaire, lui rendant service à l’occasion pour des travaux de menuiserie et autres. Mais elle exerça surtout son activité à la lingerie. Là, comme ailleurs, notre bonne Soeur Aimée de Jésus apporta sa grande et généreuse bonne volonté, mais aussi toute son originalité. Ne pouvant guère réussir à la couture, elle prenait à sa charge le plus fort des travaux de la lessive, comme étendage et soin du linge, surtout des toques et voiles de novices qu’elle portait à la Communauté, tellement à point, tellement bien détirés pour être pliés définitivement, que le travail était aux trois quarts fait. Elle se donnait une peine extrême à combiner mille moyens de « se tirer d’affaire avantageusement », comme elle disait, et, ses découvertes merveilleuses, elle aurait voulu les faire adopter à ses aides. Il y en avait certainement d’excellentes, mais personne ne pouvait raisonnablement se prêter à tant de complications.

.Apercevait‑elle sur le linge une tache de rouille, il lui fallait en chercher la cause, et nous la voyions surveiller tous les cercles de la cuve, les moindres clous de la buanderie, des tréteaux et des greniers, où elle passait des journées entières, par n’importe quel temps, pour les peindre ou les envelopper entièrement.

« Pauvre Soeur Aimée de Jésus ! lui disions‑nous un jour où elle s’était particulièrement fatiguée, vous vous donnez beaucoup trop de peine, jamais une lingère, après vous, ne fera ce que vous faites.  - C’est bien dommage,. ma Mère, soupira‑t‑elle, (avec un bon air qui nous était connu, mais d’une grosse voix qui aurait voulu se faire maussade) et surtout qu’on n’ait pas plus de greniers. Nous sommes bien trop à l’étroit ; il faudrait construire encore un grand grenier ; alors, ça simplifierait tout ».

Cette histoire de greniers et de lessives fut rappelée aimablement à notre si vaillante Soeur au moment de son jubilé, dans les couplets que nous lui chantâmes alors. Elle riait de bon coeur, mais ne fut jamais convaincue qu’il n’était pas d’une importance capitale de transmettre d’âge en âge, à la postérité, ses multiples découvertes pour étendre et faire sécher le linge ; surtout d’avoir un nouveau grenier très spacieux et aménagé à son goût.

Quelque temps avant le Procès de Béatification de notre Sainte, cette chère Sœur vint nous dire : « Ma Mère, j’ai compassion des Soeurs qui ont à préparer leurs Dépositions. Voulez‑vous me permettre de les dispenser de venir m’aider au moment des lessives ? Ce sera ma manière de prendre part aux travaux du Procès ».

C’était méritoire, car la glorification de Soeur Thérèse de l’Enfant‑Jésus lui était apparue d’abord, comme un mystère. « Que l’on s’occupe de Mère Geneviève, de Soeur Adélaïde, je le comprendrais, avait‑elle dit ,mais, de ma Soeur Thérèse de l’Enfant‑Jésus ! Pourquoi ne pas la laisser cachée au Ciel parmi les Innocents ? Qu’a‑t‑elle fait pour prétendre à autre chose ? » On l’entendit même, un jour, dire à sa compagne de profession ,qui partageait ses vues : « C’est à l’instigation de ses soeurs que nous devons cela, n’en doutons pas... Attendons ! la vérité se fera jour certainement. »

Mais, dans cette attente, sa souffrance était grande, augmentée, il faut l’avouer, par certaines influences néfastes qui agirent sur notre pauvre Soeur pour la torturer davantage, non seulement à l’occasion du sujet qui nous occupe, mais pour d’autres motifs aussi... Et elle versait d’abondantes larmes, même en Communauté, où elles coulaient amères et silencieuses.…

« je raconterais volontiers, de cette. époque de ma vie ‑ nous confiait, il y a quelques mois, notre pauvre chère Soeur ‑‑‑ ce qui serait à ma confusion ; mais cela m’est impossible, parce qu’il me faudrait trahir certaines confidences, et ce serait manquer gravement à la charité. »

Soeur Aimée de Jésus fut appelée aussi en témoignage, à sa grande surprise et fierté, au Procès de Béatification, comme « contestis», c’est‑à‑dire témoin ajouté aux témoins d’office désignés par le Postulateur ; le Promoteur de la Foi ayant désiré l’entendre, parce qu’il avait connu son hostilité de jadis. Mais, comme ce qui précède vous le fait supposer, ma Révérende Mère, lorsque la vérité, désirée d’un coeur sincère, brilla dans l’âme droite de notre chère fille, lorsqu’elle eut compris, avant même le commencement des Procès, les desseins de Dieu, elle fut l’ une des plus enthousiastes, des plus zélées, pour les seconder par la prière et le sacrifice.      

Elle les avait déjà secondés, à son insu, du temps même de Sainte Thérèse de l’Enfant‑Jésus. Celle‑ci ne raconte‑t‑elle pas dans l’ Histoire de son âme, le signe qu’elle avait demandé à Dieu, pour savoir si son père était allé droit au Ciel ?‑C’est notre bonne Soeur qui lui donna ce signe.…..

L’opposition qu’elle avait manifestée à l’entrée de Soeur Geneviève de la Sainte‑Face, était irréductible, en effet, mais les causes n’en étaient pas bien méchantes. Si elle craignait l’influence de quatre soeurs réunies, elle craignait, avant tout, les talents de Soeur Geneviève : « Il ne fallait pas d’artistes dans la Communauté, il ne fallait viser qu’au pratique, et avoir de bonnes infirmières, robières, lingères, etc., rien de plus. » C’étaient encore des goûts d’artiste et des pertes de temps, que de mettre des fleurs dans le préau, « au lieu d’ y semer des pommes de terre », soupirait‑elle, en regardant les rosiers qui entourent le Calvaire.

Cependant notre Sainte, si prudente et si sage, qui pourtant n’ignorait pas.bien des choses, moins que favorables à son égard aussi… avait quand même de la sympathie pour Soeur Aimée de Jésus. 

  « Je conviens que l’écorce est rude, nous disait‑elle, mais je vous assure que le fruit est excellent. Le bon Dieu ne juge pas comme nous d’ après les apparences. »

Et, nous faisant remarquer combien cette chère Soeur était dévouée, courageuse et oublieuse d’elle‑même, elle ajoutait : « Son nom lui convient très bien, oui, elle est vraiment AIMÉE de Jésus. D’ailleurs., elle est de bonne foi, elle agit d’ après ses lumières. A sa place, avec les seuls éléments dont elle dispose, pour apprécier les cas qui se présentent, nous ferions peut‑être comme elle. Et puis, celles qui nous contredisent nous sont précieuses, parce qu’ elles nous donnent des occasions d’exercer notre patience, notre confiance en Dieu, notre charité fraternelle. C’est le peuple Philistin que le Seigneur, autrefois, laissait soigneusement habiter non loin des tentes d’Israël, pour ne pas permettre à son peuple de s’endormir dans un vain repos ».

Dans les derniers jours de septembre 1897, alors que la faiblesse de notre chère Sainte l’empêchait de se mouvoir, il devint nécessaire de la déposer quelques instants sur un lit provisoire, pour refaire son lit de malade. Voyant l’embarras des infirmières qui craignaient de la blesser, elle dit : « Je crois que ma Soeur Aimée de Jésus me prendrait facilement dans ses bras ; elle est grande et forte, et très douce autour des malades. »

On appela donc notre bonne Soeur, qui enleva comme un léger fardeau la sainte petite malade, sans lui donner la moindre secousse. A ce moment, les bras passés autour de son cou, cet ange la remercia avec un tel sourire de gratitude affectueuse, que jamais, elle n’oublia cet idéal sourire. Il lui devint même comme un dédommagement à ses regrets d’avoir été la seule à ne pas entendre la cloche de l’infirmerie, qui convoquait les Soeurs, au moment suprême de la plus belle mort qu’on ait jamais vue au Carmel de Lisieux.

Le bonheur de notre chère fille, pendant les 20 dernières années de sa vie, fut d’entendre parler de « ma Soeur Thérèse de l’Enfant‑Jésus. » C’est ainsi qu’elle affectait de vouloir la nommer toujours, dans les commencements de sa réputation de sainteté. Mais peu à peu, il en fut de cela, comme des protestations d’autrefois à ses frères; et sa très libre évolution n’en parut que plus charmante.

Elle disait donc, depuis plusieurs années : « Y a‑t‑il autant de pèlerinages à notre Sainte petite Thérèse ? Quelles sont les nouvelles preuves de sa puissance sur le Coeur du bon Dieu ?

« je voudrais moi aussi travailler pour notre incomparable Sainte. J’ai pensé que l’on pourrait faire quelque chose de sa paillasse. Si j’essayais d’en prendre seulement quelques pailles, dont je collerais des fragments sur l’image coloriée de notre petite Thérèse mourante ?… Si j’ouvrais au moins son courrier ? »

Les deux permissions lui furent accordées bien volontiers. Elle passait plus d’une heure, chaque jour, à décacheter les lettres, avec soin et discrétion. Deux fois, dans la journée, à heure fixe, elle frappait humblement à notre porte et, si le courrier n’était pas là, ou si nous n’avions pas eu le temps de vérifier les adresses et de faire un premier triage, elle disait en se retirant tout à fait en arrière de notre bureau : « Me permettez‑vous de rester ici, ma Mère, ou bien voulez‑vous que j’aille, en attendant, m’asseoir dans l’escalier ? »

Quant aux images‑souvenirs qui sortirent de ses pauvres mains déformées par la gouttte,leur cachet de fini était remarquable. Elle n’y aurait pas souffert la plus légère tache de colle, la moindre irrégularité dans le point qui attachait le brin de paille, choisi et coupé parmi les plus dorés.

Nous avons retrouvé depuis la mort de notre chère Soeur, une petite boîte où elle avait écrit en gros caractères : « Très belles images destinées à mes Mères et Soeurs. » Cette boîte contient, en effet, deux douzaines d’images qui sont une perfection de travail et les dernières qu’elle ait confectionnées.

Il nous fallait cependant reconnaître, là comme ailleurs, cette marque de fabrique à laquelle nous avait habituées notre parfaite, mais originale ouvrière. Un jour d’été 1928, en récréation, comme nos Soeurs la félicitaient de si bien travailler malgré ses mauvais yeux, elle leur fit mi‑sérieuse, mi‑riante, cette réponse inattendue : « Ce serait bien impossible, si je n’avais trouvé, là encore, un moyen pratique de me tirer d’affaire. Eh bien, dès le point du jour, quand le temps est clair, Je m’installe à notre fenêtre, et j’enfile une soixantaine d’aiguilles à mon peloton de soie, dans un rayon du soleil levant. » ( ! )

La belle santé de notre très aimée Soeur s’altéra il y a trois ans. Vers la fin de février 1927 elle commença à souffrir d’un anthrax, et plusieurs interventions chirurgicales durent être pratiquées. La pauvre patiente se laissait faire, comme un agneau, sans une plainte. « Que cette Soeur est donc courageuse ! » s’exclamait le Docteur en se retirant. Et il dit en ville à plusieurs personnes : « On ne voit cela qu’au Carmel, je suis profondément édifié. »

Après l’une de ces interventions douloureuses, nous demandâmes à. Soeur Aimée de Jésus, à quelle intention elle avait offert ses souffrances. « Ma Mère, nous répondit‑elle, sans hésitation, afin que les ressources nécessaires à la construction de la Basilique ne manquent jamais. »

Si nous fûmes touchée jusqu’aux larmes, ma Révérende Mère, en entendant ces paroles , quels durent être, alors, les sentiments de Sainte Thérèse de l’Enfant‑Jésus, en face d’une proclamation si simplement héroïque et désintéressée ! Le fait suivant prouve bien qu’elle ne s’est pas laissée vaincre en générosité.

Un matin, la chère malade nous accueillit mystérieusement, mais avec de la joie dans les yeux. Elle avait quelque chose à nous dire, et il fallait, tout d’abord, bien fermer la porte de l’infirmerie, puis nous approcher tout près de son lit et l’écouter en silence. 

« J’ai eu cette nuit une douce vision, nous dit‑elle textuellement. Et ce n’était pas un rêve... Vous me connaissez, ma Mère, je ne saurais pas prendre un rêve pour une vision. Voilà donc ce qu’il en est : Hier soir, ne pouvant m’endormir, parce que je.souffrais beaucoup dans ma plaie, j’ai prié notre sainte petite Thérèse de m’obtenir un peu de sommeil. : jamais je ne lui avais demandé cela. Aussitôt, je me suis endormie, et ce matin, à. l’heure où d’habitude je dois prendre un remède, j’ai été réveillée par une belle et forte voix, puis j’ai vu une Carmélite de la taille de notre Sainte mais. elle était comme enveloppée d’un nuage, de sorte que je n’ai pu distinguer ses traits. Elle m’a dit : « Eh bien ! Vous voilà toute reposée. » Puis elle a disparu, me laissant dans une grande consolation intérieure ».

Une autre fois, elle nous dit spontanément : « Ma Mère, pendant cette maladie, je ne suis pas inactive, je mets sans cesse du froment dans les greniers du Père Céleste, et c’est notre petite Sainte qui lie les bottes. Elle m’aide ». ‑ Qu’entendez‑vous, par ce froment ? lui demandâmes‑nous. « ‑ Mais vous le devinez bien, ma Mère, j’entends des âmes ». Nous reprîmes, comme pour la récréer : « C’est autre chose n’est‑ce pas, que d’étendre du linge dans nos greniers ? » Elle répliqua vivement : « Mais non, ma Mère, ce n’est pas du tout autre chose, car c’était bien cela aussi que je faisais, en montant le linge dans les greniers et le soignant de mon mieux. »

Cette nature rude cachait de véritables délicatesses de piété et d’amour pour Notre-Seigneur. « Quand je faisais le Chemin de la Croix, nous confia‑t‑elle, je m’arrêtais davantage à la station où Jésus est attaché à la Croix, je lui compatissais et je lui demandais de me réserver les grâces qu’ il m’avait acquises à cette heure de sa Passion, pour le moment où, comme aujourd’hui, je ne pourrais plus me suffire. »

Contre toute attente, notre bonne Soeur Aimée de Jésus triompha de cette maladie, et quelque temps après, d’un point pneumonique avec forte fièvre qui la remit aux portes du tombeau.

A sa première sortie, encore bien faible, elle voulut commencer la nouvelle vie qui lui était rendue, par aller « saluer », c’est son expression, le Petit Jésus du cloître, la Sainte Vierge qui se trouve vis à vis et sa Petite Thérèse. « Plus tard, nous dit‑elle, quand on me montera au cimetière, je serai bien contente de pouvoir saluer en passant sa Basilique, puisqu’elle se trouvera sur mon chemin.» Le soir, voyant qu’elle avait pu sans défaillir, accomplir son pieux pèlerinage, elle nous dit résolûment : « Tout de même, il va être temps de se souvenir qu’on est en plein carême; et ne plus me laisser soigner comme une grande malade, je vous supplie, ma Mère, de donner des ordres, en conséquence, à mon infirmière ».

Notre chère Sceur recouvra peu a peu son activité surprenante. Ne l’avons‑nous pas vue reprendre tout son travail habituel de lessive, assumant de nouveau la part la plus pénible à la buanderie et au lavoir, avec nos Soeurs du Voile blanc, cela jusqu’à la dernière semaine de sa vie !

Depuis lors, cependant, à cause de sa vue qui s’affaiblissait toujours, elle dut faire bien des sacrifices.

Au choeur, où elle avait été si assidue jusque‑là, remplissant encore à son tour les obédiences de semaine - bien que jubilaire depuis plusieurs années ‑ on ne la voyait plus guère que le 30 septembre, à la fête de Sainte Thérèse de l’Enfant‑Jésus. Qu’il était touchant, alors, d’entendre notre vénérée Doyenne lire pieusement la 6me leçon des Matines ! Elle l’avait apprise presque par coeur afin de ne pas y faire de faute. Tout cet Office d’ailleurs, la ravissait ; elle en récitait chaque matin l’oraison qu’elle trouvait si belle.

Ne pouvant plus même dire l’Office canonial en particulier, elle s’imagina de couper dans de vieux bréviaires, aux caractères gras et très noirs, les oraisons des grandes fêtes et les hymnes, dont elle tapissa à l’intérieur la porte de son placard d’infirmerie. Il fallait la voir se poser devant cette sorte de table de la loi ! Elle disait dernièrement à une Soeur qui la visitait et ne connaissait pas encore cette page d’office, d’un nouveau genre : « Tenez, j’ai là les prières que j’aime. Ainsi, voyez l’oraison de la fête de Noël. » Et elle se mit gravement à lire cette oraison sur son placard qui semblait lui servir de pupitre.

Elle avait dû faire encore le sacrifice de ne plus venir avec la Communauté au réfectoire. On pouvait alors juger de sa mortification, en voyant ce qu’elle exigeait qu’on lui servît à la cuisine, ou ce qu’elle se préparait elle‑même au besoin, à l’infirmerie. Nos Soeurs du Voile blanc s’édifiaient, avec raison, de voir cette bonne ancienne venir chercher elle‑même ses repas, pour ne point en donner la peine à l’infirmière. Elle s’asseyait alors comme une pauvresse à la porte de la cuisine, tenant d’une certaine manière à elle, un vieux panier de bois, pour y déposer ses « rocaillons » comme elle appelait ses portions préférées, et son plat de pommes de terre cuites à l’eau, remplaçant le pain, qu’une maladie de diabète très avancée lui interdisait, entraînant d’ailleurs pour elle bien d’autres privations.

Ces privations elle les confiait, depuis longtemps, à notre chère Sainte, ainsi qu’un commencement de surdité bien pénible, dont elle s’était aperçue surtout en 1925, pendant nos grandes fêtes de la Canonisation, où elle ne put jouir, à son gré, de la si belle musique religieuse des Chanteurs de la Sainte‑Chapelle. « je ne sais ni rimer, ni chanter soupirait‑elle, et pourtant Dieu sait si j’aimerais entendre des Cantiques bien chantés, si j’ai joui autrefois de la voix angélique de Soeur Marie de l’Eucharistie ! »

Notre petite Sainte si compatissante, eut pitié du chagrin de sa bonne Soeur Aimée de jésus. Et voici comment elle la consola :

Une nuit de septembre, au cours des fêtes, la chère soeur fut réveillée par le concert le plus suave qu’elle ait jamais entendu sur la terre. Des voix d’une harmonie incomparable s’entremêlaient avec une douceur infinie, dont aucune nuance ne lui échappait. Et ces voix, qui montaient du préau, lui semblaient venir de l’endroit où se trouve la statue de Sainte Thérèse de l’Enfant‑Jésus.

L’heureuse privilégiée se leva, ouvrit sa fenêtre, et, ne voyant rien d’anormal, se recoucha, l’âme inondée d’un céleste bonheur. Mais avant de croire pleinement à une telle faveur, elle demanda, elle aussi, un signe : entendre une fois encore les voix qui l’avaient ravie. Or, la nuit suivante, le fait se renouvelant, elle fut entièrement convaincue et nous le raconta, l’écrivit même avec une scrupuleuse exactitude, ajoutant que, parmi les voix entendues, elle en avait distingué une qui lui rappela celle, jamais oubliée, de Soeur Marie de l’Eucharistie.

Avant de vous parler de la mort simple et douce de notre regrettée Soeur, permettez‑nous, ma Révérende Mère, de revenir un peu sur ses vertus. Son esprit de pauvreté était vraiment remarquable, tout ce qu’elle avait à son usage en portait l’empreinte, mais à sa manière toujours, manière qui, en certains cas, aurait pu nous rappeler, quelque peu, cet adage d’ un saint ermite de la Thébaïde « Il ne convient pas de chercher la propreté dans un cilice. »

Elle nous édifiait souvent par sa fidélité à demander les moindres permissions, son humilité, sa charité fraternelle. Dernièrement, dans une occasion où elle avait le droit évident de tenir à sa manière de voir et en avait usé avec un peu d’entêtement, elle nous revint quelques heures après, le visage calme et souriant, ralliée à l’avis de tout le monde et contente d’ y.avoir souscrit.

Elle était extrêmement charitable au point que nos Soeurs se demandaient souvent si elle n’avait pas fait le voeu de ne refuser jamais aucun service. Ce n’est pas à dire, cependant, qu’avant de se prêter au désir de chacune, elle répondit Amen à tout, sans aucune réflexion, quand cela contrariait ses plans, mais on s’attendait au débat, autant qu’à son issue heureuse, et jamais l’on n’était trompé sur cette dernière. Cette vertueuse Soeur, proposa tant qu’elle le pût ses services aux infirmières, pour les seconder auprès des malades, se réservant de les garder la nuit, aidant à ensevelir les Soeurs défuntes, et ne les quittant pour ainsi dire plus. Si ses Prieures l’avaient écoutée, elle aurait passé auprès d’elles les nuits entières, pour en épargner la fatigue à la Communauté.

Enfin, ma Révérende Mère, notre généreuse et si chère fille acheva sa longue carrière religieuse par un acte d’humilité, en disant ses coulpes au Chapitre, le Vendredi 3 janvier, avec une telle rondeur et netteté de débit que nous ne pûmes nous empêcher de lui dire : « Ma bonne Soeur Aimée de Jésus, vous nous faites penser au jugement dernier, où tout sera découvert. » Lorsqu’elle vint, après son accusation, baiser notre scapulaire, nous lui dîmes à mi‑voix : « Pourquoi donc vous êtes‑vous accusée d’avoir parlé au réfectoire, puisque vous n’y allez plus ? » Elle nous répondit avec une franchise pleine de bonhomie, et assez haut pour être entendue de toutes les Soeurs : « Mais si, ma Mère, j’y vais au réfectoire, j’y passe même tous les jours, avant les repas, pour chercher la bouteille que l’on met à notre place, c’est comme cela que je m’oublie souvent à y demander ce qui m’est nécessaire. » Elle conclut sur un ton brusque et plaisant à la fois . « Vous savez bien que je rôde partout ! » Et elle retourna d’un pas ferme, à sa place, non sans avoir provoqué une hilarité générale, mal contenue.

C’est le soir de ce jour qu’elle ressentit une douleur très vive dans l’épaule et dans le côté droits. Elle ne s’en plaignit pas ; cependant la nuit fut mauvaise, et, le lendemain matin, elle dit à la Soeur infirmière, avec une extraordinaire assurance : « Ma Soeur, je suis malade cette fois, très malade, croyez‑le » Elle essaya pourtant de se lever, mais dut se recoucher aussitôt. Le médecin constata une double pneumonie avec lésions graves et ne nous cacha pas que, malgré sa forte constitution, il ne gardait aucun espoir de la sauver.

Notre vénérée Soeur, très calme et très abandonnée, reçut dans l’après‑midi du dimanche avec grande piété et simplicité, le Saint Viatique et l’Extrême‑Onction, sa langue était embarrassée, et nous ne pûmes la comprendre entièrement, lorsqu’elle demanda pardon à la Communauté. On l’entendit, néanmoins, implorer « la grâce d’une sainte mort; par l’intercession de notre sainte petite Thérèse. » Aux licences de Noël,elle avait dit à une jeune Soeur : « Nous avons tant de besogne ici que j’ai prié le bon Dieu:de ne pas me laisser plus de trois jours malade avant de mourir, et je serai exaucée, j’en suis sûre. » Elle le fut en effet, et, à la lettre ; car exactement après trois jours de maladie, eIIe s’endormit paisiblement sous nos yeux, dans le baiser du Seigneur, à 3 heures du matin, le mardi 7 janvier.

La veille de sa mort, notre vénérée Soeur eut un pieux délire. Elle avait le projet paraît‑il, de nous offrir cette année à la fête de Sainte Agnès, un bon nombre de ce que notre petite Sainte appelait dans son enfance Chapelets de pratiques, afin que nous puissions en procurer aux enfants qui se préparent à leur première Communion. Or, ce travail hantait l’esprit de notre pauvre agonisante, au point que, les yeux à demi‑ouverts, elle faisait le mouvement précis d’enfiler des perles, de séparer la dizaine avec des noeuds et de tirer ensuite ces perles, comme si elle comptait elle‑même ses pratiques de vertu. Nous pensons alors, le coeur ému, que, bientôt, cette fidèle servante du Seigneur sortirait des ténèbres de l’exil, pour voir, au vrai Soleil levant de l’éternité, toutes les actions, souffrances, humiliations de sa ­longue vie divinement comptées par le bon Dieu, comme des perles précieuses, pour en former son immortelle couronne. Ne semblait‑elle pas, aussi, par ce geste inconscient, mais symbolique à une telle heure, compter les grâces qu’elle avait reçues, si abondantes, de son Epoux Céleste, et les lui rappeler, pour l’en bénir éternellement. 

« Je veux, écrivait‑elle, il y a à peine un an, recevoir fidèlement et ne jamais oublier toutes les grâces que Jésus m’a destinées, par la pente de son bon Coeur. Que tout ce que je souffrirai me serve de purgatoire, et que le dernier instant de ma vie soit un acte d’amour parfait qui m’ouvre le Ciel ».

La vie très vertueuse et la mort sereine de notre méritante et très chère Soeur Aimée de Jésus nous laisse une impression de très grande paix. « Il nous semble qu’elle n’est pas morte disent nos Soeurs, mais qu’elle est allée simplement travailler ailleurs ».

Le jeudi 9 janvier, à la Messe solennelle et très pieuse de son inhumation, l’orgue rappela, quelques instants, un cantique d’apothéose, où notre Sainte, après avoir demandé au Tout‑Puissant l’aide des Anges pour réaliser sa mission, termine ainsi
... je m’unirais joyeuse à leurs phalanges, Pour, cueillir avec eux., des épis nuit et jour.
Mais, quand le Séraphin, au dernier jour du monde,
Aura crié : « ‘Tous les temps sont finis ! »
Emportant notre moisson blonde,
Nous reviendrons au Paradis.

Qui sait, nous disions‑nous, si notre humble Soeur Aimée de Jésus ne prendra pas au Ciel les goûts d’apostolat de notre petite Sainte, à qui elle donnait sur la terre le soin de lier en bottes, pour le grenier du Père de famille, ses épis, c’est‑à‑dire les âmes,qu’elle espérait avoir sauvées par ses souffrances....

Elle continuerait donc, en effet, à travailler encore, mais peut‑on dire que c’est travailler ailleurs ?

Parmi les témoignages de sympathie que nous reçûmes, à l’occasion de la mort de notre très aimée Soeur, nous mettons au premier rang celui de notre saint Evêque et Supérieur, si paternel et si bon pour nous : Sa Grandeur nous écrivait, le matin même du décès, espérant encore trouver en vie notre Chère Sœur :

« De toute mon âme, je vous assiste dans la pénible circonstance que vous me signalez. Vous voudrez bien dire à la chère malade que je la bénis, de toute l’effusion de mon coeur d’évêque qui vit par la pensée avec vous toutes, et qui s’intéresse à chacune en particulier comme à un membre très étroitement uni et très apprécié de la famille épiscopale. «Ajouterai‑je que la parenté spirituelle que la vénérée Soeur a pour ainsi dire contractée avec notre petite Sainte, en vivant à ses côtés, me la rend plus chère encore. »

Nous vous prions humblement, ma Révérende Mère, de faire rendre au plus tôt, à notre vénérée Doyenne SOEUR AIMÉE DE JÉSUS DU COEUR DE MARIE, les suffrages de notre Saint Ordre, par grâce une Communion de votre fervente Communauté, l’indulgence du Chemin de la Croix et tout ce que votre charité vous suggérera ; elle vous en sera bien reconnaissante, ainsi que nous qui avons la grâce de nous dire en Notre‑Seigneur, MA RÉVÉRENDE et Très HONORÉE MÈRE,
Votre humble Soeur et Servante,
SOEUR AGNÈS‑DE JÉSUS,
r.c.i. 
De notre Monastère du Sacré‑Coeur de Jésus et de l’Immaculée‑Conception, sous la protection de Sainte Thérèse de l’Enfant‑Jésus, des Carmélites de Lisieux.
le 17 Janvier 1930.