Imprimer

LT 103 - A soeur Agnès de Jésus - 4 (?) Mai 1890

 

4 (?) mai 1890
J.M.J.T.
Jésus
 
                Petit agneau chéri, mon coeur vous suit dans la solitude, vous savez «alouette légère» que vous avez un fil à la patte, et si haut que vous montiez il faudra entraîner votre fardeau... mais un grain de sable n'est pas lourd, et puis il sera plus léger si vous le demandez à Jésus... Oh ! comme il désire d'être réduit à rien, d'être inconnu de toutes les créatures, pauvre petit, il ne désire plus rien, rien que l'OUBLI... non pas les mépris, les injures, ce serait trop glorieux pour un grain de sable. Si on le méprisait, il faudrait bien le voir. Mais l'OUBLI !... Oui je désire d'être oubliée, et non seulement des créatures mais aussi de moi-même, je voudrais être tellement réduite au néant que je n'aie aucun désir... La gloire de mon Jésus, voilà tout ; pour la mienne, je la lui abandonne, et s'il semble m'oublier, eh bien ! il est libre, puisque je ne suis plus à moi, mais à lui... Il se lassera plus vite de me faire attendre que moi de l'attendre !...
                Agneau chéri, comprenez-vous ?... Comprenez tout, même ce que mon coeur ne peut exprimer. Vous qui êtes un flambeau lumineux que Jésus m'a donné pour éclairer mes pas dans les sentiers ténébreux de l'exil, ayez pitié de ma faiblesse, cachez-moi sous votre voile afin que j'aie part à votre lumière... Dites à Jésus de me regarder, que les belles de nuit pénètrent de leurs lumineux rayons le coeur du grain de sable, et si ce n'est pas trop, demandez aussi que la Fleur des fleurs entrouvre sa corolle et que le son mélodieux qui s'en échappe fasse vibrer dans mon coeur ses mystérieux enseignements... Agneau chéri, n'oubliez pas le grain de sable !...