Imprimer

LT 108 - A Céline - 18 juillet 1890

J.M.J.T.
Jésus  !...
Au Carmel le 18 Juillet 90

 
                Céline chérie,
 
                Si tu savais ce que ta lettre a dit à mon âme !... Ah ! la joie inondait mon coeur comme un vaste océan !... Céline, tout ce que j'ai à te dire tu le sais, puisque toi c'est moi... Je t'envoie une feuille qui en dit bien long à mon âme, il me semble que la tienne va aussi s'y plonger...
                Céline il y a si longtemps... et déjà l'âme du prophète Isaïe se plongeait comme la nôtre dans les beautés cachées de Jésus... Ah ! Céline, quand je lis ces choses je me demande ce qu'est le temps ?... Le temps, ce n'est qu'un mirage, un rêve... déjà Dieu nous voit dans la gloire, il jouit de notre béatitude éternelle !... Ah ! que cette pensée fait de bien à mon âme, je comprends alors pourquoi il ne marchande pas avec nous... Il sent que nous le comprenons, et il nous traite comme ses amis, comme ses épouses les plus chères...
                Céline, puisque Jésus a été «seul à fouler le vin» qu'il nous donne à boire, à notre tour ne refusons pas de porter des vêtements teints de sang... foulons pour Jésus un vin nouveau qui le désaltère, qui lui rende amour pour amour, ah ! ne gardons pas une seule goutte du vin que nous pouvons lui donner... alors, regardant autour de Lui il verra que nous venons pour lui aider !... Son visage était comme caché !... Céline, il l'est encore aujourd'hui, car qui est-ce qui comprend les larmes de Jésus ?...
                Céline chérie, faisons dans notre coeur un petit tabernacle où Jésus puisse se réfugier, alors Il sera consolé et Il oubliera ce que nous ne pouvons oublier : «L'ingratitude des âmes qui l'abandonnent dans un tabernacle désert!...»
                «Ouvre-moi, ma soeur, mon épouse, car ma face est pleine de rosée et mes cheveux des gouttes de la nuit» (cant. des Can.) voilà ce que Jésus nous dit à l'âme quand il est abandonné et oublié !... Céline, l'oubli, il me semble que c'est ce qui lui fait le plus de peine !...
                Papa !... ah ! Céline je ne puis te dire tout ce que je pense, ce serait trop long, et comment dire des choses que la pensée même peut à peine traduire, des profondeurs qui sont dans les abîmes les plus intimes de l'âme !...
                Jésus nous a envoyé la croix la mieux choisie qu'il a pu inventer dans son amour immense... comment nous plaindre quand lui-même a été considéré comme un homme frappé de Dieu et humilié !... Le divin charme, charme mon âme et la console merveilleusement, à chaque instant du jour ! ah ! les larmes de Jésus quels sourires !...
                Embrasse tout le monde pour moi et dis-lui tout ce que tu voudras !... Je pense beaucoup à ma Léonie chérie, ma chère petite Visitandine. Dis à Marie du St Sacrement que Jésus demande d'elle beaucoup d'amour, il veut d'elle la réparation des froideurs qu'il reçoit, il faut que son coeur soit un brasier où Jésus puisse se réchauffer !... Il faut qu'elle s'oublie entièrement pour ne penser qu'à Lui seul !...
                Céline, prions pour les prêtres, ah ! prions pour eux. Que notre vie leur soit consacrée, Jésus me fait tous les jours sentir qu'il veut cela de nous deux
 

C.T.

 

J.M.J.T.

 

Du Prophète Isaïe (ch.53).

 
                Qui a cru à notre parole, et à qui la force du bras du Seigneur a-t-telle été révélée ? Le Christ s'élèvera devant le Seigneur comme un arbrisseau, comme un rejeton qui sort d'une terre sèche : Il est sans beauté ni éclat ; nous l'avons vu ; Il n'avait rien qui attirât les regards et nous l'avons méconnu. Il nous a paru un objet de mépris, le dernier des hommes, un homme de douleur qui sait ce que c'est de souffrir !... Son visage était comme caché !... Il paraissait méprisable et nous ne l'avons pas reconnu. Il a pris véritablement nos langueurs sur Lui et Il s'est chargé de nos douleurs. Nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié !... Et cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités, Il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui nous devait procurer la paix est tombé sur Lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures.
 

‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑

 

Suite du ch. 53.

 
                Quel est celui qui vient d'Edom et de Bosra avec sa robe teinte de rouge ?... Quel est Celui qui éclate dans la beauté de ses vêtements, et qui marche avec une force toute Puissante ?... C'est moi dont la parole est une parole de justice, qui viens pour défendre et pour sauver. Pourquoi donc votre robe est-elle toute rouge, et pourquoi vos vêtements sont-ils comme les habits de ceux qui foulent au pressoir ? J'ai été seul à fouler le vin sans qu'aucun homme d'entre tous les peuples fût avec moi. J'ai regardé autour de moi, et il n'y avait personne pour m'aider ; j'ai cherché et je n'ai point trouvé de secours !...
                Ceux-ci qui sont revêtus de robes blanches, qui sont-ils et d'où viennent-ils ? Ce sont ceux qui sont venus par de grandes tribulations et qui ont lavé leur robe dans le sang de l'Agneau. C'est pour cela qu'ils sont devant le trône de Dieu et ils le servent nuit et jour...
 

‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑

 
                Mon bien aimé est un bouquet de myrrhe, il reposera sur mon coeur !... Mon bien aimé brille par la blancheur et l'éclat de son visage, les cheveux de sa tête sont semblables à la pourpre royale.Mon bien aimé est tout aimable, son visage inspire l'amour, et sa face inclinée me presse de lui rendre amour pour Amour.
 

‑‑‑‑‑‑‑‑‑‑

 
                Le visage penché sur mon bien Aimé je restai là et m'oubliai ; tout disparut pour moi et je m'abandonnai, laissant toutes mes sollicitudes perdues au milieu des Lys !... (Fragment d'un cantique de Notre Père St Jean de la Croix.)