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LT 143 - A Céline - 18 Juillet 1893

J.M.J.T.
Jésus
Au Carmel le 18 Juillet 1893

 
                Ma Céline chérie,
 
                Je ne comptais pas répondre à ta lettre cette fois, mais Notre Mère veut que je joigne un petit mot à la sienne. Que de choses j'aurais à te dire ! Mais puisque je n'ai que quelques instants je dois d'abord assurer la petite goutte de rosée que sa Thérèse la comprend... Après avoir lu ta lettre je suis allée à l'oraison, en prenant l'évangile j'ai demandé à Jésus de trouver un passage pour toi et voici ce que j'ai tiré : «Considérez le figuier et les autres arbres, lorsqu'ils commencent à avoir des feuilles tendres vous jugez que l'été est proche, de même quand vous verrez arriver ces choses, sachez que le royaume de Dieu est proche.» J'ai fermé le livre, j'en avais assez lu, en effet «ces choses» qui se passent dans l'âme de ma Céline prouvent que le royaume de Jésus est établi dans son âme... Maintenant je veux te dire ce qui se passe dans mon âme à moi, sans doute c'est la même chose que dans la tienne. Tu dis vrai, Céline, les fraîches matinées sont passées pour nous, il ne reste plus de fleurs à cueillir, Jésus les a prises pour Lui ; Peut-être un jour en fera-t-il éclore de nouvelles mais en attendant, que devons-nous faire ? Céline, le bon Dieu ne me demande plus rien... dans les commencements il me demandait une infinité de choses. J'ai pensé quelque temps que maintenant puisque Jésus ne demandait rien il fallait aller doucement dans la paix et l'amour en faisant seulement ce qu'Il me demandait... Mais j'ai eu une lumière. Ste Thérèse dit qu'il faut entretenir l'amour. Le bois ne se trouve pas à notre portée quand nous sommes dans les ténèbres, dans les sécheresses, mais du moins ne sommes-nous pas obligées d'y jeter de petites pailles ? Jésus est bien assez puissant pour entretenir seul le feu, cependant il est content de nous y voir mettre un peu d'aliment, c'est une délicatesse qui lui fait plaisir et alors Il jette dans le feu beaucoup de bois, nous ne le voyons pas mais nous sentons la force de la chaleur de l'amour. J'en ai fait l'expérience quand je ne sens rien, que je suis incapable de prier, de pratiquer la vertu, c'est alors le moment de chercher de petites occasions, des riens qui font plaisir, plus de plaisir à Jésus que l'empire du monde ou même que le martyre souffert généreusement, par exemple un sourire, une parole aimable, alors que j'aurais envie de ne rien dire ou d'avoir l'air ennuyé, etc., etc.
                Ma Céline chérie, comprends-tu ? Ce n'est pas pour faire ma couronne, pour gagner des mérites, c'est afin de faire plaisir à Jésus... Quand je n'ai pas d'occasions je veux au moins Lui dire souvent que je l'aime, ce n'est pas difficile et cela entretient le feu, quand même il me semblerait qu'il serait éteint, ce feu d'amour, je voudrais y jeter quelque chose et Jésus saurait bien alors le rallumer. Céline, j'ai peur de n'avoir pas dit ce qu'il faut, peut-être vas-tu croire que je fais toujours ce que je dis, oh non ! je ne suis pas toujours fidèle, mais je ne me décourage jamais, je m'abandonne dans les bras de Jésus. La petite goutte de rosée s'enfonce plus avant dans le calice de la Fleur des champs et là elle retrouve tout ce qu'elle a perdu et plus encore.
 
Ta petite Soeur Thérèse de l'Enfant Jésus de la Ste Face
rel.carm.ind.