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Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse - Dimanche 13 octobre 1918

Sœur Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse  

+ Jésus                                                                               Dimanche 13 octobre 1918

Ma petite sœur chérie,

J'ai attendu à aujourd'hui pour te répondre afin de ne pas prendre de temps sur mon travail.- Tu crois peut-être qu nous venons de passer une bonne retraite, mais non, point de retraite cette année. Le pauvre Père Pichon nous a écrit au dernier moment qu'il avait essayé ses forces dans une petite retraite à 14 religieuses seulement et que cela avait achevé de l'épuiser, qu'il ne pouvait pas à son regret risquer de venir à Lisieux. On voit qu'il en a beaucoup de peine, mais j'ai toujours pensé que nous ne le reverrions jamais ; il paraissait déjà l'année dernière trop fatigué pour continuer à  prêcher des retraites. Il est donc rentré à Paris dans une maison louée par les Jésuites où les Pères trop âgés ou malades vont pour être soignés et d'où ils ne sortent ordinairement que pour le cimetière. Voilà la vie !! Pauvre petite sœur, que cela donne à réfléchir ! Tout passe comme un songe ! Heureux celui qui met en Dieu seul tout son espoir et tout son amour.

Je vais bien prier afin que tu fasses une bonne retraite. Elle sera toujours bonne si tu reconnais ta misère et si sans te décourager tu te confies pleinement en ton Sauveur qui saura bien au moment de ta mort "faire mûrir de beaux fruits en ton âme". Tu dis et c'est vrai que le bon Dieu t'a donné assez de jugement pour voir et comprendre tes défauts. C'est une grande grâce, car cette vue nous empêche d'être orgueilleuse et de nous appuyer sur nous-mêmes. Sans doute il ne faut pas une petite vertu pour obéir à tout le monde, pour se regarder comme la petite servante de toutes. Mais quelle paix pour l'âme lorsqu'elle peut en arriver là ! Ce n'est plus une petite servante esclave de ses passions d'amour-propre, c'est une reine élevée par la grâce au-dessus de toutes choses. Que j'aime à répéter cette invocation : "Jésus doux et humble de coeur rendez mon coeur semblable au votre. "

Il me semble t'avoir dit que la Poésie de la "Petite voie" avait été composée par notre Mère. Je t'assure que personne ici n'aurait pu la faire aussi bien, aussi vraie, aussi juste que Notre Mère chérie. Le bon Dieu l'a si bien douée !

Sr. Geneviève ne voudrait pas que l'on donne la poésie de la Ste Face qui a été composée par Mère M. Ange pour elle seule.

Demain ma petite sœur, Mgr. commencera la visite canonique. Nous voudrions bien que ce soit fait car c'est une grande affaire pour nous. Enfin cela passera comme le reste et avec profit pour nos âmes puisque tout ce qui coûte est un sujet de mérites.

Adieu, petite sœur chérie, je voudrais bien savoir lorsque nous t'envoyons des miracles si on les lit en Cté. Cela nous ferait plaisir si ta bonne Mère en donnait connaissance à toutes ses filles. Tu ne me dis pas si tu as reçu les 15 fr. pour le raisin de Mme de Castelnau.

Je t'embrasse bien fort chère petite sœur.

                                                         Ton aînée Sr. M. du S. C.

Je t'envoie une feuille nouvelle que l'on m'a donnée. Nous ne manquons de rien, nous avons même trop de pain. Je crois que le bon Dieu le multiplie, ainsi ne te tourmentes pas pour nous.

Sr. Scholastique nous a dit que tu t'inquiétais sur nous ; je t'en conjure vis bien en paix sur ce point.

 

Sr. Madeleine est complètement remise, elle a repris à notre grande joie depuis plusieurs semaines déjà les exercices de la Communauté.