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De Marie Guérin à sœur Geneviève. 5 août 1895.

 

De Marie Guérin à sœur Geneviève. 5 août 1895.

 

Ma chère petite Geneviève,

 

Je viens te souhaiter une bien bonne fête (de la Sainte Face, en la solennité de la Transfiguration le 6 août. Sœur Geneviève n'a pas renié son titre de « Marie de la Sainte Face » et gardera cette fête jusqu'à sa mort) toute remplie de douces choses. Je suis chargée des souhaits de toute la famille, personne ici n'ayant le temps de t'écrire à cause des malles que l'on fait aujour­d'hui. (les Guérin achèvent leur séjour à la Musse).

 

     Enfin, nous revenons demain soir à Lisieux !.... Je n'ose penser que c'est dans huit jours que je prendrai mon vol vers le Carmel. Si tu savais le drôle d'effet que [lv°] cette pensée me produit... Ce matin j'ai dit adieu à M. le Curé de Saint-Sébastien et lui ai demandé sa bénédiction (l'abbé Chilard, ancien aumônier militaire). Si tu avais vu comme il pleurait, il a été obligé de nous quitter tellement il pleurait. Tout le monde pleurait excepté moi, je deviens comme un vrai marbre et rien ne me touche plus. — II s'est beaucoup informé de toi et t'est bien reconnaissant de toutes les bontés que tu as eues pour lui. Il t'aimait beaucoup. Il est tout à fait changé au point de vue des Carmélites, il a l'air de comprendre cela maintenant. Je crois [2r°] bien que c'est le curé de N. ( « Le curé de Navarre » : l'abbé Levasseur, curé de Saint-Germain-de-Navarre, faubourg d'Évreux) qui l'a ainsi changé.

     Léonie est très gentille, tu ne sais pas combien elle est gaie et ce qu'elle nous fait rire. Depuis que M. le Curé de N. lui a dit de ne plus penser au couvent, elle est toute transformée. Il a su joliment bien s'y prendre avec elle. Il viendra à Lisieux cette semaine, chez nous bien entendu, et il m'a dit qu'il viendrait me donner un bon coup de fouet avant mon entrée. Je crois bien qu'il compte me voir toute seule et moi je n'y compte pas. Je ne sais pas comment il fait pour connaître aussi bien le [2v°] cœur humain. Il me devine tellement bien que je reste ahurie devant lui.

   Maman t'envoie des conserves de saumon et des prunes. Je te rapporterai aussi de la Musse un joli petit melon mais ce ne sera que pour mercredi. Si tu ne recevais pas les choses que je t'indique, envoie mardi matin chez tante Clé (« Tante Clémence », Mlle Pigeon). C'est elle qui est chargée des achats. Marguerite Leroy est à la Musse depuis vendredi, elle reviendra demain avec nous, son oncle est à Caen (Marguerite Leroy, devenue Mère Marie du Rosaire, chez les Bénédictines de Lisieux, déposera au Procès. — M. Guérin note dans sa chronique : « 1er août : Voyage de la Musse à Caen et Bon Sauveur pour M. Leroy »). Je lui ai fait part de mon entrée, elle n'en est nullement surprise et m'a dit que depuis longtemps, même lorsque j'étais [2r°tv] toute petite, elle voyait très bien que je serais religieuse. Je portais cela sur moi à ce qu'il paraît.

     [2v°tv] Embrasse bien fort, bien fort ma mère chérie (Mère Marie de Gonzague) pour moi et dis-lui combien je l'aime. Je t'envoie un gros baiser et ceux de toute la famille qui te chérit.

Ta petite sœur,

Marie

Dis à Pauline que je l'embrasse bien fort, bien fort, Léonie la remercie de sa lettre qui lui a fait bien plaisir. Embrasse aussi Marie et Thérèse.

Oh! prie bien pour moi, si tu savais dans quel état je suis... Si tu pouvais le comprendre. Léonie et Maman auraient bien voulu t'écrire mais cela leur est impossible.

C'est demain matin que tu recevras les conserves et les prunes.

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