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De sœur Marie de l'Eucharistie à M. Guérin. 24 juin 1896.

De sœur Marie de l'Eucharistie à M. Guérin. 24 juin 1896.

 

+ Jésus                               J.M.J.T.                                 24 Juin 96

 

Mon cher petit Père,

           C'est encore à toi que je vais écrire, maman ne va pas en être jalouse, elle sait bien qu'il faut gâter les malades, et encore plus les malades qui vont vers leur guérison. On est si content quand les chers malades vont mieux... La lettre de Maman. (Lettre non conservée.)et les bonnes nouvelles qu'elle renferme m'a fait bien plaisir.

     Mère Agnès de Jésus me charge de te dire qu'elle t'écrira un de ces [lv°] jours, mais aujourd'hui elle ne le peut à son grand regret, elle est toujours plongée dans la peinture, elle a beaucoup de commandes d'images très pressées, et elle travaille aujourd'hui quoique ce soit jour chômé pour nous (en l'honneur de saint Jean-Baptiste. Aux jours chômés, les sœurs n'assurent que le minimum dans les emplois et peuvent disposer pour elles-mêmes du temps habituellement réservé au travail). Nous avons souvent des fêtes chômées, cela ne fait pas mal dans le tableau car nous travaillons toujours sans un moment de répit. Lundi pour St Pierre nous fêterons encore.

       J'ai bien prié pour toi et pour tous les miens devant le St Sacrement pendant mon heure d'adoration. [2r°] Je ne vous oublie pas, soyez tranquilles, je vous aime tous plus que jamais et tout en faisant mes petits ménages je fais quelquefois des petits voyages rapides vers la Musse. Même aujourd'hui j'ai vu une cavalcade des plus curieuses, Francis monté sur Bichette jeune, mon petit Père sur Phare, Jeanne et Léonie sur Bichette vieille, et Maman et tante José sur Martin (l’âne de La Musse pose sur deux photos du « Voyage excentrique aux Cordilleres des Andes » auquel Céline et Marie avaient participé en juillet 1894). C'était pendant le silence que j'ai joui de ce spectacle et tout en le contemplant je me suis doucement endormie (le « silence » de 12 heures à 13 heures en été, est temps libre, et les sœurs peuvent faire la sieste. Le sommeil de la nuit dure à peine 6 heures, de Pâques au 14 septembre). J'espère que vous n'allez pas craindre [2v°] cette année d'user des pauvres chevaux. En avez-vous assez ?... Francis va pouvoir faire ses excursions.

       Tous les soirs, les petites novices se réunissent au pied de la grande Croix de granit qui est au milieu du préau et que tu connais bien. (J'y ai été photographiée toute seule en postulante). Là nous allons à la recherche de toutes les roses fanées et quand nous en avons une bonne provision, nous semons nos fleurs au bon Dieu, à qui ira le plus haut et en laissera tomber sur la Face de notre bon Jésus. C'est là la grande consolation. On dirait que les roses fanées se multiplient pour nous... Une vingtaine de rosiers nous fournissent tous les soirs une belle pavée. C'est à huit heures pendant le grand silence que nous semons nos fleurs. J'en jette une poignée pour papa, une autre pour maman, etc. et le bon Dieu est très content.

       Je t'envoie mon cher petit Père un bien gros baiser partant du plus profond de mon cœur, j'en envoie un semblable à ma chère petite Mère.

De bons baisers à Francis, Jeanne, Léonie, tante José, Mme Lahaye et les bébés.

Ta petite fille qui te chérit
Marie de l'Eucharistie

[lr°tv] Pour la fête de Mère Agnès de Jésus, Lundi (fête des saints Pierre et Paul, où on n'omet pas de fêter « Pauline »), pourrait-on nous donner de bonnes cerises rouges bien sucrées. Merci.

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