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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Guérin. 6-7 juillet 1896.

De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Guérin. 6-7 juillet 1896.

 

+ Jésus                                       J.M.J.T.

 

Ma chère petite Mère,

       Oui, Madame, trois lapins... Ils ont été reçus et mangés à belles dents... Oui, trois lapins fort excellents, fort tendres et fort bien apprêtés ont fait un délicieux festin aux Carmélites. Le petit Benjamin en a eu une bonne part et tout en le mangeant il pensait à la Musse et parcourait tous les lieux où le petit lapin avait pu passer. [lv°] Oui, les trois lapins ont été si aimablement reçus qu'ils font dire à leurs confrères Mussois de se faire prendre encore par le grand Francis pour la fête du Mont Carmel. Si l'on pouvait encore en avoir 2 ou trois pour ce jour, notre Mère serait encore bien contente.

       Je t'avais dit que j'écrirais à M. le Curé de Navarre cette semaine, je ne sais si je vais le pouvoir, nous avons beaucoup d'ouvrage, ma fille arrive à la fin de la semaine, puis nous faisons une petite lessive, enfin je vais faire tout mon possible. En ce moment-ci nous faisons nos foins, [2r°] aussi nous tournons, retournons le foin et allons bientôt faire nos mulons. Notre pré n'est pas aussi grand que celui de la Musse comme tu le penses bien (le pré mesure environ 30 mètres de côté. C'est à l'occasion de cette fenaison 1896 qu'a été prise la photo de groupe où figurent Thérèse et ses sœurs, n° 35.).

     Au moment où je t'écris, je suppose que Francis s'apprête à faire son excursion aux fameuses carrières de Bapeaume dont il a été tant question l'année dernière. Tu m'en donneras des nouvelles...

Voilà que je vais avoir une fille... Je sens en moi des sentiments très maternels; oui, je l'aimerai beaucoup, ma fille, et tâcherai de lui adoucir le plus possible l'épreuve des premiers [2v°] jours. Je viens de passer par là, tout est encore très frais dans mon cœur et aussi je ferai tout mon possible pour qu'elle s'habitue bien vite. Et pourtant lorsque je suis entrée, je ne venais pas dans un pays inconnu, j'étais déjà connue et bien aimée, qu'est-ce que cela sera pour ma fille qui verra ses parents s'en retourner bien loin d'elle tandis que moi je les avais tout près de moi. Aussi je la recommande bien fortement à vos prières à tous, vous savez ce que ces moments sont durs et pour les parents et pour les enfants, mais vous connaissez aussi les douceurs et les consolations qui suivent. Ma fille ne me quitte pas l'esprit, je la suis partout et désire bien pour elle que le fameux pas soit passé... Il paraît qu'elle est d'une timidité excessive. Je fais beaucoup rire la Communauté parce que souvent je m'écrie en récréation : « Ma Mère, que deviendrons-nous, deux personnes timides ensemble, la mère et la fille, nous n'oserons pas nous parler et nous regarderons comme deux chiens de faïence. »

   Et comme au Carmel je passe pour être fort loin de la timidité, mes exclamations font bien rire. J'ai beau dire que j'étais très timide dans le monde, je ne puis me faire croire. Il est un fait certain, c'est que là se [lr°tv] manifeste une bonne preuve de ma vocation. J'étais timide dans le monde parce que je n'étais pas dans mon centre tandis qu'au Carmel je suis dans mon élément et alors dans mon bonheur je ne connais plus la timidité.

       Que mon petit Père suive le conseil de sa petite carmélite : il faut qu'il aille à Paris se faire consulter pendant qu'il est à la Musse. Dis-lui qu'il fera une économie de chemin de fer et qu'il donnera le bénéfice aux Carmélites en petit cadeau que nous ne refuserons pas. Nous commençons toutes une neuvaine pour lui à St Antoine de Padoue, c'est notre Mère qui me charge de te le dire. Elle t'envoie son plus affectueux souvenir.

       Je vais joindre à ma lettre si je le peux mon fameux cantique sur la vie des carmélites. De bons baisers à papa et à maman de la part de toutes ses petites carmélites.

       Distribue une provision de baisers à Jeanne, Tante José, Mme Lahaye, les bébés, Léonie et Francis. Ce dernier est donc toujours le même, il s'amuse à perdre le monde dans ses excursions. Je le reconnais bien là, il fait bien de s'amuser ainsi...

     Quant aux cris de « maman, maman » poussés par Jeanne, il me semble la voir avec ses deux grands yeux de frayeur qu'elle a dans ces circonstances. Le sang-froid de Mme Lahaye est connu depuis longtemps, [lr°tv] tant qu'à Léonie il me semble la voir aussi.

Ta petite fille qui te chérit

Marie de l'Eucharistie

r.c.i.

           Puisque tu demandes ce qui nous fait plaisir, je te dirai que l'on ne peut plus avaler ni poisson ni légumes, il fait trop chaud. Ce qui fait plaisir ce sont des fruits ou des crevettes. Je vais très très bien.

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