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De Marie Guérin à Thérèse - 29 mai 1889

 

Le 29 Mai 89

Ma Thérèse chérie,

Je viens encore te tourmenter, et je sais d'avance que tu ne vas pas être contente de moi, mais que veux-tu, je souffre tant que cela me fait du bien de verser toutes mes peines dans ton cœur. Paris n'est pas fait pour guérir les scrupuleux a, je ne sais plus où tourner mes regards; si je fuis une nudité j'en rencontre une autre et ainsi de suite toute la journée, c'est à en mourir de chagrin; il me semble que c'est par curiosité, il faut que je regarde partout, il me semble que c'est pour voir du mal. Je ne sais si tu vas me comprendre, j'en ai tant dans ma pauvre tête que je ne sais le débrouiller. Le démon ne manque pas non plus de me rappeler toutes ces vilaines choses que j'ai vues dans la journée et c'est un autre sujet de tour­ment. Comment veux-tu que je fasse la Ste Communion demain et vendredi; je suis obligée de m'en abstenir, c'est la plus grande épreuve, jamais je n'avais ressenti autant d'amour pour la commu­nion; je sens que je serais inondée de consolations, je me sentirais fortifiée si je pouvais avoir le bon Dieu dans mon cœur; autrement il est si vide mon pauvre cœur, il est rempli de tristesse, rien ne peut me distraire. Oh! quelle ville que ce Paris, on est bien plus heureux dans la petite maison de la rue Condorcet b. Sais-tu où je ressens le plus de bonheur ? c'est lorsque je suis à l'église, au moins là je puis reposer mes yeux sur le tabernacle, je sens que je suis dans mon centre, tout le reste n'est pas fait pour moi ; je ne sais comment on peut vivre ici, pour moi c'est un véritable enfer.

Je regrette, ma Thérèse chérie, de ne pas t'avoir écrit plus tôt, au moins tu aurais pu me répondre, et cela m'aurait fait tant de bien d'être consolée un peu. Enfin si ce n'est pas trop te demander, je voudrais bien que si tu ne peux me répondre à Paris, car pour cela il faudrait que tu m'écrives demain Jeudi c, pour que je reçoive la lettre Vendredi matin; je voudrais bien recevoir un petit mot de consolation lorsque je serai revenue à Lisieux. Vendredi soir je serai dans ma ville natale, c'est bien là la meilleure de toutes, j'ai Paris en horreur.

Prie bien pour ta petite sœur Marie qui te chérit de tout son cœur. Présente, je te prie, mon respect à la Mère Marie de Gonzague et à la Mère Geneviève, recommande-moi bien à leurs bonnes prières. Embrasse bien pour moi Marie et Pauline.

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