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De Marie Guérin à Thérèse - 1er mai 1885

De Marie Guérin à Thérèse.
1er mai 1885


Trouville le 1 Mai 1885 Vendredi


Ma chère Thérèse,
Je t'écris en ce moment dans notre petit jardin, à l'ombre du parasol que M. Colombe (Alphonse
Colombe, le propriétaire du chalet) nous a prêté. Tous ces jours derniers le beau temps nous
permettait de sortir, aujourd'hui le mauvais temps nous invite à rester chez nous. Nous nous amusons
beaucoup; avant-hier nous avons été aux roches noires avec Mme Maude-londe pour avoir de l'eau de
mer; je t'assure que ce n'est pas bon, j'en ai pris un demi-verre hier, aussi ai-je eu mal au cœur toute la
matinée. Nous sommes revenues de notre promenade en longeant la mer, c'était un spectacle ravissant.
Hier matin nous nous sommes installées sur le balcon et nous avons dessiné un bateau, l'après--midi
nous avons été voir la plage de Deauville, et en voyant les coquillages nous pensions à toi; je suis
revenue très fatiguée de ma promenade.
Ce matin nous avons été à la messe à N.D. des Victoires (à Trouville), le perron est très à pic si bien
que je suis tombée. Cette semaine tout le monde tombe, avant-hier maman est tombée en s'asseyant
sur sa chaise; il faut te dire que les chaises sont très légères; aujourd'hui Jeanne a dégringolé de dessus
une chaise en atteignant son ouvrage, et je viens de tomber en glissant sur le pavé dans le jardin.
Nous sommes revenues de la messe par la Poissonnerie et nous avons acheté des petites soles; en
sortant du bac nous avons vu arriver le bateau à vapeur; sur le quai nous avions bien du mal à tenir

 

nos chapeaux et j'avais peur d'être emportée dans la Touques. Maman nous a acheté des chapeaux de
soleil en jonc, le mien est garni de blanc et celui de Jeanne est garni de grenat; nous n'avons pas pu
trouver les deux pareils. Nous sommes très bien logées, notre petit jardin est plus grand que nous ne
le pensions, la maison est très mal distribuée; je ne te la décris pas, car je pense que ce sera toi qui
viendras Dimanche avec petit père. Nous montons tous les jours dans la tour comme Mme Malboroug
pour voir le bateau à vapeur partir et je n'ai pas du tout le vertige. Dis à Céline que je ne l'oublie pas et
que je lui écrirai la prochaine fois, seulement j'ai la main très fatiguée parce que j'ai écrit à Céline et à
Hélène (Maudelonde). Dis-moi dans ta prochaine lettre comment va Louise Renier (fille d'une cousine
germaine de Mme Guérin) car il paraît qu'elle est bien malade; dis-moi aussi quand sera la première
Communion.
Adieu ma chère petite Thérèse, embrasse bien pour moi mon oncle, Marie, Léonie et Céline et crois à
l'affection sincère que te porte
Ta petite sœur
Marie
enf. de Marie
A Dimanche.

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