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De Marie Guérin à Thérèse - 23 juin 1886

De Marie Guérin à Thérèse.
23 juin 1886


Ma chère Thérèse,
Je comprends très bien que tu n'aies pas pu m'écrire, et pour te prouver que tu es bien excusée, je viens
parler un peu avec toi. J'arrive du marché, où j'ai rencontré ces demoiselles Colombe. Jusqu'ici nous
avons été toutes les après-midi sur la plage, mais aujourd'hui, je crois que le temps ne va pas nous
le permettre, il fait beaucoup de vent et il tombe quelques gouttes d'eau. Si ma Thérèse était là elle
s'amuserait bien à regarder les enfants, car sur la plage nous ne sommes entourées que de bébés et ils
nous amusent beaucoup. Nous sommes logées très gaiement, notre salle ouvre sur un petit jardin, où
Jeanne et moi faisons de bonnes parties de volant; ma chambre est charmante et je m'y plais beaucoup;
la vue en est délicieuse, je vois la mer, surtout du côté de Deauville, des bateaux de pêche à la crevette
avec des voiles bleues et rouges, la pêche à l'équille, le bateau à vapeur arriver; tu vois que je suis
gaiement dans ma petite chambre et que notre artiste trouverait de ravissants sujets à croquer. Je
ne suis pas seule à regarder les beautés de la mer, j'ai une compagne, ma petite Pauline est sur ma
cheminée (en photo?) ; tu peux lui dire que sans s'en douter elle est avec nous à Trouville. Comment
va Mme Papineau ? est-elle toujours aussi monotone? et les leçons marchent-elles toujours bien?
Raconte--moi tout cela dans ta prochaine lettre, ou encore dis-le-moi de vive voix, ce qui nous fera
encore plus de plaisir, car j'espère te voir bientôt.
Adieu ma chère petite Thérèse, embrasse bien mon parrain pour moi, et mon bon petit père quand tu le
verras. N'oublie pas tes sœurs et reçois, pour toi, une grande part de mes baisers.
Ta petite sœur
Marie
N'oublie pas mon petit Paulin.
Trouville-s-mer le 23 Juin 1886

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