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Sr Agnès à Marie MSC - 19 novembre 1885.

Sr Agnès à Marie MSC. 19 novembre 1885.


J.M.J.T.

Ma petite Soeur bien aimée, Je comptais te voir aujourd'hui avec ma Tante et les petites, et j'attendais cette occasion pour te dire de ne pas venir samedi, car je n'avais pas pensé à la Fête de la Présentation.

Nous nous verrons lundi comme la semaine dernière. Tu reviendras samedi pour me faire tes adieux de l'Avent.

Ma petite Soeur chérie, je regrette bien de n'avoir jamais que des déceptions à t'offrir, mais tu es si généreuse que [1 v°] cela me console.   Papa va t il mieux ? j'en suis bien préoccupée, je prie de tout mon coeur le bon Dieu de ne pas permettre que ce mal augmente (son épithélomia, consécutif à une piqûre d'insecte, une dizaine d'années auparavant. Pendant longtemps il s'était réduit à « un point noir », dit sœur Geneviève. En 1885 1886, M Martin se fit soigner, soi-disant par un spécialiste, à Condé sur Noireau, Le résultat fut qu'il lui vint comme un champignon, gros comme un abricot qui inquiéta beaucoup.)

- Hélas ! que de craintes, que de points noirs en cette pauvre vie ! Heureusement, nous n'y faisons que passer et c'est tant mieux d'y avoir un peu à souffrir, surtout du coeur ; puisque nous devons tant jouir par le coeur dans l’autre vie.

Tantôt j'ai vu dans le Ciel, je ne sais combien de lignes de petits nuages blancs. C'était comme une feuille tracée [2 r°] et je me disais Voilà la page de la journée, qu'est ce qui va s'y lire ce soir ? Marie je crois qu'il s'y est lu bien des choses et pourtant, je n'ai vu ni parlé à personne. Oh ! quel monde et quel livre qu'un coeur ! Je suis disposée plus que jamais à bien remplir chaque page de ma vie, l'Eternité est si près de nous, elle nous presse par tant de côtés ! Mon Dieu ! que tout est mystère ici bas ! Et ce n'est pas le moins grand [2 v°] que cette insensibilité de tant d'âmes qui semblent n'être faites que pour la terre. Ah ! Marie ! nous du moins qui comprenons le vrai, pratiquons la vertu, aimons le bon Dieu, j'ajouterais bien : souffrons pour Lui, mais je te laisse cela à dire car tu le comprends si bien !

Adieu, ma petite soeur chérie, mon âme ni mon cœur ne vivent jamais sans toi.

Sr Agnès de Jésus.

r. c. ind.

As tu assez remercié ma Tante ?

Mère Marie de Gonzague est toujours et de plus en plus ta Mère.

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