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De sœur Agnès de Jésus à sœur Marie du Sacré-Cœur - 3 (?) juillet 1888.

De sœur Agnès de Jésus à sœur Marie du Sacré-Cœur. 3 (?) juillet 1888.

 

J.M.J.T.

Petit lion intrépide ! pourquoi donc vous faire tant de peines et de chagrins pour ce qui passe.

Je me suis plongée aujourd'hui dans l'Eternité. Quel abîme insondable ! Quand on revient de là il semble qu'on serait de force à soulever les montagnes. Le Père d'Argentan est si effrayant dans sa description de [1 v°] l'enfer qu'on se sent frémir et les cheveux se dressent sur la tête. Il affirme pourtant que les âmes tombent dans ce lieu d'horreur éternelle comme les flocons de neige dans un jour d'hiver (citation du P. d'Argentan)... C'est épouvantable ! Et nous, destinées, vouées par notre vocation à sauver les âmes nous serions insensibles à de tels [2 r°] spectacles ?... Lion bien Aimé, colombe chérie de Jésus, venez avec l'agneau sur la montagne du sacrifice ! Immolons-nous ensemble... La vie n'est qu'un éclair !... Que cet éclair soit un trait d'amour lancé vers Dieu, vers le Ciel !

Je ne m'étonne pas que Notre Seigneur demande [2 v°1 la pénitence... car c'est cela seulement qui sauve les âmes ! Ah ! si Jésus voulait nous donner le courage de retrancher de nos cœurs toutes les petites satisfactions de la nature, tant réclamées, tant recherchées !

Heureuses les âmes libres, heureuses les âmes courageuses qui pour satisfaire le Bien aimé se privent de toute satisfaction !

Adieu ma colombe chérie, lion indompté que je rencontre [2 v° tv] toujours non pas l'air féroce mais la crinière éparseet l'œil inquiet...

Hélas ! et d'un seul bond vous pourriez gagner les cimes éthérées……

[l r° tv] Ne dites pas au Benjaminque je vous écris.

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