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De sœur Agnès de Jésus à Marie du Sacré-Cœur - 13‑16 (?) mai 1888.

De sœur Agnès de Jésus à Marie du Sacré-Cœur. 13‑16 (?) mai 1888.

 

Chère petite colombe blanche, c'est vrai qu'il faut souffrir, croyez que le petit passereau a bien sa part de cette eau amère et rafraîchissante à la fois... Nous n'avons vraiment que Jésus ! Accoutumons-nous à lui donner tout. Vous avez bien fait tantôt... N'allez jamais boire sans nécessité aux fontaines des créatures, on en revient avec une soif plus ardente.Je vous aime beaucoup, petite colombe chérie de Jésus, beaucoup, beaucoup, parce que vos ailes poussent et que déjà vous les essayez dans le désert béni de Jésus seul.

Vous êtes heureuse de comprendre le néant de toutes choses avant [I v°] votre profession parce qu'alors vous recevrez de plus grandes grâces.

Je ne verrai Notre Mère que demain je pense; tantôt j'ai un peu souffert parce que je me suis abandonnée au désir de la voir aujourd’hui Cela fera trois jours : c'est long. Mais aveugles que nous sommes, qui donc nous délivrera de nos ténèbres ? Vouloir toujours se satisfaire, toujours jouir ! Vouloir enfin la part du monde, nous qui sommes appelées à l'héritage du Ciel.

Ma faiblesse m'a fait verser quelques larmes et au même instant, un petit insecte aux ailes transparentes est venu se poser sur le bord de notre livre. Je lui aurais dit volontiers avec un saint : « Taisez-vous, petite créature, car vous me reprochez mon ingratitude. » C’est vrai qu’elle semblait me dire : [2 r°] « je suis plus fidèle que toi, regarde comme je suis obéissante aux ordres de mon Créateur. Il m'a dit de venir me poser là. Tu pourrais pourtant me tuer, mais je n'ai point de désir ni de crainte. Je suis à Dieu, il fait de moi ce qu'il veut. »

Malgré le petit insecte, j'avais encore de la peine, alors Jésus lui-même est venu me consoler, non pas m'enlever la souffrance, mais me faire comprendre la grâce cachée sous les épines de cette vie. Et moi je lui ai répondu : « Seigneur, à qui irai-je ? Vous seul avez pour moi les paroles de la vie éternelle. »

La Colombe blanche comprend-elle le petit passereau solitaire ?

[2v°] J'ai lu tantôt une chose bien mystérieuse. Ce nesera pas le sens de la vue qui jouira le plus au Ciel, mais celui de l'ouïe. « Car l'acte par lequel j'entends le Verbe éternel est en moi, au lieu que l'acte par lequel je vois sort de moi... Ce qui fait notre béatitude ce n'est pas d'agir, mais bien plutôt de recevoir l'action de Dieu. Or quand j’entends, je suis passif ; je suis actif quand je vois, etc. »

Petite colombe, voici la preuve une fois de plus que le royaume des Cieux est au-dedans de nous, et Jésus vous dit comme à Sainte Thérèse :

Hors de toi bien est inutile

De me chercher, je te l'ai dit.

Me trouver n'est pas difficile,

Appelle-moi, cela suffit (de Ste Thérèse d'Avila)

[2 v° tv] Déchirez sans montrer à personne.

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