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De sœur Marie‑Dosithée à Marie Martin - 4 juin 1876.

 

De sœur Marie‑Dosithée à Marie Martin. 4 juin 1876.

 

V. + J.

           De notre Mère du Mans,

                                                                      le 4 Juin 1876

                     Ma chère Marie

           Je ne veux pas t'écrire longuement aujourd'hui puisque dans 3 semaines nous nous verrons; la retraite est fixée pour le lundi 26, après la fête du Sacré-Cœur, et elle se terminera le Vendredi 30; d'ici-là ma chère enfant il faut prier beaucoup, afin que cette retraite te soit vraiment profitable. Il est temps ma Marie de sortir de nous-mêmes pour ne plus vivre que pour Dieu, à ton âge la vie semble longue, il n'en est cependant rien. Nous arrivons avec une rapidité effrayante à l'heure de la mort et

la frayeur est grande quand on voit tout le gaspillage qu'on a fait de la grâce et du temps. Oh ! qu'alors les grandeurs du monde semblent petites, que toutes nos aises et commodités que nous avons prises nous gênent à ce moment. Demandons l'esprit de Sagesse qui nous fasse discerner les vrais biens d'avec les faux, si nous prions nous serons exaucés. Dieu donne sans repentance (Jc 1,5) et cela l'oblige pour ainsi dire de communiquer de sa plénitude à ses créatures indigentes. Me voilà bientôt à la fin de ma carrière; non pas que je croie bientôt mourir, mais enfin l'âge s'avance et je vois que tout n'est rien, absolument rien, ma jeunesse, même mon enfance me paraissent d'hier et cependant c'est loin, bien loin.

[v°] Dis à ta mère qu'elle ne m'envoie pas de verveines, je ne puis pas jardiner. La semaine dernière on m'avait donné six petits pieds de fleurs à planter, ce que j'ai fait, mais après j'ai eu des étouffements pendant plusieurs heures et j'ai fini par cracher le sang. Ne croyez pas pourtant que je sois bien malade, il est vrai que je l'ai été assez gravement mais depuis une 8e de jours, je vais beaucoup mieux, la fièvre a cessé et je vais et viens toute la journée comme à l'ordinaire. C'est une phase à passer, j'en ai déjà passé de bien plus rudes et plus longues. Nous avons un nouveau médecin Mr. Dugué il est très énergique, cela me va, il m'a fait mettre 6 vésicatoires et des sinapismes dans le dos et sur la poitrine, il a bien fallu que le mal cède, se voyant si maltraité.

Je ne suis pas contente de la santé de Pauline, ses migraines continuent, elle ne mange presque pas, elle est maigre et pâle; si vous voulez la conserver il ne faudra pas la renvoyer l'année prochaine, cette pauvre enfant souffre d'être obligée de s'appliquer avec un mal de tête presque perpétuel, cette application est bien faite à elle seule de (sic) lui donner ses migraines

Avec cela elle n'a pas une grande facilité pour apprendre, elle veut arriver quand même et cela lui coûte un grand travail; vous voyez bien qu'elle a de la difficulté, voilà deux ans qu'elle est dans son cours et elle n'a pas de bonnes places, que serait-ce si elle était dans le 1er cours. Elle en sait assez, et si on la laisse plus longtemps, elle s'échauffera le sang et il lui viendra une maladie qui l'emportera comme le fils de M. Lebêle, qui ayant beaucoup travaillé pour subir ses examens, a été pris ensuite d'une fièvre qui lui a donné la mort. Nous serions bien avancées s'il nous en arrivait autant et ensuite elle aidera à sa mère et lui sera utile, elle sera dans la jubilation de voir toute sa petite nichée autour d'elle.

[r°tv] Nous avons pour Supérieure N. T. H. Sr la déposée (terme désignant l’ancienne supérieure) ; toi et moi nous sommes bien contentes, il n'en est pas de même pour notre bonne et chère Mère, ses larmes me faisaient si grand’ pitié que j'avais envie de lui aider à pleurer. Tu peux te dispenser de m'écrire d'ici la retraite.

[v°tv] je t'embrasse ma bien chère Marie ainsi que ta mère et toute ta famille. Sois bonne et bien bonne, douce, et tu seras une sainte. Communique cette lettre à ta mère.

Ta tante affectionnée

Sr Marie Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie

D. S. B.

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