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De sœur Agnès de Jésus à sœur Marie du Sacré-Cœur - 8 juillet 1888.

De sœur Agnès de Jésus à sœur Marie du Sacré-Cœur.. 8 juillet 1888.

 

Pauvre lion tant aimé !... Voulez-vous que je vous dise une chose ? Cette petite aventure nous prouve que vraiment nous ne devons nous occuper en rien de Th. de l'EJ. Pour moi, je la laisserai faire entièrement, qu'elle demande ce qu'elle voudra, qu'on lui accorde tout ce qu'elle demandera, nous n'aurons pas à en répondre, gardons notre paix, gardons notre âme... C'est bien assez de nous occuper de nous-­mêmes. Le bon Dieu nous bénira si nous agissons ainsi... Allons droit notre chemin... Sans cela nous trouverons tant d'occasions de trouble que ce sera à n'y pas tenir... Ne pleurez pas pour si peu et ne vous croyez pas moins redevable à Dieu et moins privilégiée de son cœur parce que votre ardeur vous pousse quelquefois à quelque irrégularité... Le lion ne peut devenir en un jour doux comme un tendre agnelet. C'est Jésus qui juge le lion et l'agneau selon le tempérament de chacun.

[v°]Quant à la musique de ce matin (Messe en musique le 8 juillet au Carmel, par un nouveau prêtre, l'abbé Tourtourat, et annoncée dans Le Normand du 3/7/1888) c’était beau sans doute mais mon âme aussi rêve d'autres concerts... Quand je vois tant d'instruments, tant de gens qui se donnent un mal infini, qui se débattent, qui suent pour un pauvre petit concert d’une demi-heure, cela m'enlève toute la poésie de la chose.

Cher lion nous ne serons rassasiés tous les deux qu'en entendant les sons de la Patrie. « C'est Dieu, dit le Père d'Argentan, qui fait la douceur infinie de cette musique éternelle dont il charme les bienheureux. Oh ! quelle harmonie céleste qui nous est incompréhensible ! Tout ce que nous entendons ici-bas n'est qu'un morne silence en comparaison. »

Lion bien aimé c'est donc Dieu seul qui est l'harmonie du Ciel ! Là point d'instruments, point de travail, personne ne bat la mesure, oh ! quel concert désirable. C'est le cantique éternel de l'amour éternel. Quand l'entendrons-nous ?

Ne refusons pas les souffrances de cette vie afin que nous entendions la moindre note de ce chant bienheureux ! ...

[v° tv] Surtout ne pleurez pas ou si vous pleurez quelquefois, remontez bien vite votre courage. A quoi bon pleurer ! Nous avons tant de sujets de nous réjouir !... Quelles destinées ! ... Dieu et notre âme. Abandonnons le reste à sa bonté, à sa providence, à son amour.

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