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De sœur Marie-Dosithée à Marie Martin - 20 février 1876.

 

De sœur Marie-Dosithée à Marie Martin. 20 févr. 1876. .

V. + J.

           De notre Mère du Mans

                                                                   le 20 février 1876.

                      Ma chère petite Marie,

           Tu veux donc que le bon Dieu t'aime mieux qu'une autre, réjouis-toi mon enfant, il en est ainsi, tes désirs sont, je ne dirai pas accomplis, mais prévenus, car le Seigneur le faisait même avant ton désir. C'est remarquable comme la grâce t'a toujours prévenue et même Pauline ne les a reçues qu'en second et à cause de toi, car si elle a été élevée à la Visitation ce n'est que pour toi; peut-être sans toi n'y serait-elle jamais venue. Mais le Seigneur avait hâte de retirer sa petite Marie du monde pour la faire élever à l'ombre du sanctuaire, Pauline en a profité; pour toi, mon enfant, à peine entrée dans cette maison bénie le Seigneur était pressé de se donner à toi afin de se rendre le premier le maître de ton cœur, aussi a-t-il voulu y entrer dès l'âge de 9 ans (on avait anticipé la première communion de Marie (2 juillet 1869) en raison de l'état de santé de la tante Marie-Dosithée.) et depuis ce temps que de grâces [1v°] exceptionnelles n'as-tu pas reçues et de ton côté que d'infidélités ! il y a un combat, une lutte entre Dieu et toi, j'assiste à ce combat, à cette lutte, et je dirais avec anxiété, je ne puis encore prévoir qui sera le vainqueur. Si ce n'est pas Notre-Seigneur, ce sera un grand malheur pour toi, mais je ne veux pas avoir de sombres pressenti­ments, au contraire, ma Marie va se rendre et promptement à son aimable vainqueur, elle n'aura la paix qu'à ce prix, et alors le bonheur et la joie envahiront son âme. Tu comprends, ma pauvre enfant, qu'il n'y pas moyen de vivre ainsi, tu es l'esclave de ton humeur, avec toutes ses bizarreries, tu te règles d'après tes caprices. Tu n'aimes pas la lecture, donc tu ne lis pas! Tu voudrais lire si cela venait de toi, mais cela vient de ta mère (Mme Martin souhaitait, semble-t-il, que sa fille lui fasse parfois quelque lecture pendant ses travaux d'aiguille) et cela a l'air d'un ordre, tu ne le feras pas, parce que tu ne veux relever que de toi et de tes lumières ! Vois donc où cela te conduit. Ah! chère enfant, que tu me fais pitié et que je voudrais t'arracher à la tyrannie de toutes ces passions qui sont déjà si fort enracinées dans ton cœur, la grâce seule le peut et c'est la prière qui peut te l'obtenir. Si je t'engage à lire, ce n'est pas comme distraction et amusement, mais comme devoir, et si cela t'ennuie, tant mieux, tu auras plus de mérite, il ne faut pas faire que les choses agréables. Tu fais sans y manquer jamais.

[1r°vt]. Je t'embrasse bien tendrement.

Ta tante toute dévouée

Sr Marie Dosithée Guérin

De la Von Ste Marie

D. S. B.

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