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De Marie à son père M. Martin - 16 novembre 1877

 

De Marie à son père M. Martin 16 novembre 1877

 

(M. Guérin est allé le 15 chercher ses nièces à Alençon. Elles ont passé chez lui la nuit du 15 au 16. Elles prennent possession de leur nouvelle demeure le 16. M. Martin est resté à Alençon, jusqu’au 30, pour liquider le travail de dentelle.)

Lisieux, le 16 novembre 1877.

Mon cher petit Père,

Nous sommes installées aux Buissonnets. C’est une charmante habitation riante et gaie avec ce grand jardin où Céline et Thérèse pourront prendre leurs ébats. Il n’y a que l’escalier qui laisse à désirer, et aussi le chemin, « chemin du Paradis », comme tu l’appelles, car en effet, il est étroit, ce n’est pas la « voie large et spacieuse ».

Qu’importe, tout cela est peu de chose, car nous ne faisons que camper sur la terre : aujourd’hui nous avons ici nos tentes, mais notre vraie demeure, c’est le Ciel où nous irons un jour rejoindre notre mère chérie.

En attendant, mon cher petit Père, nous voudrions bien t’avoir au milieu de nous, ton absence nous paraît déjà longue. Quand donc tes affaires à Alençon seront-elles terminées ? je pense à toi sans cesse. Il me semble que tu seras heureux là entouré de toute ta petite famille. Oh ! oui, nous tâcherons d’être bien bonnes, de te rendre la vie bien douce pour te remercier du grand sacrifice que tu fais pour notre bonheur. Ce bonheur sera aussi le tien, car nous ferons tout pour te rendre heureux.

Mon oncle et ma tante s’inquiètent beaucoup si nous nous habituerons ici. Demain ma tante nous invite à aller chez elle l’après-midi, elle va préparer une tarte aux pommes pour la collation, les petites se réjouissent d’aller s’amuser avec leurs cousines, Léonie surtout en est enchantée.

Je m’aperçois qu’elle change de jour en jour depuis quelque temps, ne l’as-tu pas remarqué mon petit Père ? Mon oncle et ma tante s’en aperçoivent déjà. Je suis sûre que c’est notre Mère chérie qui nous obtient cette grâce et je suis persuadée que notre Léonie nous donnera un jour de la consolation.

Au revoir, mon cher petit Père, à bientôt. Nous t’embrassons toutes de tout notre cœur.

Ton aînée

Marie