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De sœur Marie du Sacré-Cœur à Céline - 2 avril 1889.

De sœur Marie du Sacré-Cœur à Céline. 2 avril 1889.

 

Ma petite Céline,

A l'instant nous recevons ta lettreet vite vite j'y réponds pour te recommander de ne pas aller voir papa avec Mme Benoît. C'est la plus grande maladresse. Tu t’exposes plus tard à ce que papa te croie de connivence avec eux pour l'avoir fait entrer. Et puis à votre place je ne voudrais jamais le voir avec des étrangers. Il n'a pas besoin de s'habituer à la famille Benoît, il n'est pas obligé de les fréquenter. Je refuserais nettement, je dirais même à Mme Benoît que papa mettant son entrée sur le compte de son mari (Mme Benoît était la sœur de Vital et de Pauline Romet, amis intimes des Martin), cela lui ferait de la peine de la voir et que tu avais réfléchi qu'il valait mieux s'abstenir. En tout cas qu'elle s'arrange comme elle voudra mais n'y va pas avec elle. Je t'avais aussi recommandé de ne pas rendre de visite. Si ces dames ne sont pas contentes, tant pis ! Elles doivent comprendre que vous n'y avez pas le coeur. En tout cas ce n'était pas lui montrer que tu désirais t'en éloigner que de rendre une visite dès le lendemain. Pauvres petites sœurs cela se comprend vous êtes sans conseil !... Encore une chose, ne défends pas trop mon oncle devant papa. Ne dis rien, on ne se repent jamais d'avoir gardé le silence. [V°] Il s'arrangera avec lui de ses affaires d'argent, ne t'en mê1e pas, c'est t'attirer bien des peines. Inutile de miner en-dessous. Que veux-tu ! Tout secours humain nous fait défaut, c'est au bon Dieu seul de nous secourir...

Ta lettre nous a navrées, pauvre petit Père chéri ! Quel purgatoire il fait sous nos yeux. Plus rien ne me sourit ici-bas quand je vois celui que j'aime tant si crucifié. Prions pour lui, il en a tant besoin ! Je n'ai pas osé lui écrire, j'ai craint de lui faire plus de peine. AUSSITOT que tu croiras que nous pouvons nous y risquer, écris-nous. Cela nous fait tant de bien. Vous souffrez, mes petites sœurs... mais vous le voyez au moins ! si vous étiez à notre place je dirais presque de ce sens-là vous seriez plus à plaindre.

Tu ne me dis pas si le père t'a dit que c'est la volonté de Dieu (le P. Pichon). Adieu mes petites sœurs, ne soyez pas avares de vos lettres c'est notre seul espoir.

Cachons nos cœurs si déchirés dans celui de Jésus !..

M. du S.C.

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