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De Marie Martin à Mme Guérin - Début septembre 1877.

 

De Marie Martin à Mme Guérin.

 

Début septembre 1877.

                        Ma chère Tante,

Trois jours seulement que vous êtes partie (l'inhumation de Mme Martin a eu lieu le 29 août, Mme Guérin a pu repartir dès le 30 ou le 31) et déjà je vous écris, mais j'ai de si bonnes choses à vous apprendre que je ne puis rester huit jours sans vous le dire.

Puisque vous prenez part à nos peines, il est bien juste aussi que vous partagiez nos consolations et vraiment le bon Dieu nous en a envoyé une bien douce, il nous a ménagé une agréable surprise. Il ne veut pas que nous soyons trop isolés sur cette terre, sans conseil, sans appui. Il veut nous rapprocher de parents que nous aimons, enfin, ma Tante, devinez ce qu'il veut faire ?. . . Il veut nous envoyer à Lisieux !

Oui, depuis hier, papa y est complètement décidé, c'est bien sûr le bon Dieu qui l'aura inspiré, car rien ne peut ébranler sa résolution.

« Pour nous, m'a‑t-il dit, il ferait tous les sacrifices possibles, il sacrifierait son bonheur, sa vie s'il le fallait pour nous rendre heureuses, il ne recule devant rien, il n'hésite plus un instant, il croit que c'est son devoir et notre bien à toutes et cela lui suffit. »

Je suis vraiment bien touchée d'un tel dévouement. Pauvre Père, cela me ferait bien de la peine s'il devait être malheureux à Lisieux, j'ai peur qu'il ne s'y habitue pas. A Alençon, il avait ses amis d'enfance, son Pavillon, sa pêche et à Lisieux il n'aura pas tout cela. J'ai eu beau le lui faire remarquer afin que plus tard il ne regrette pas, rien n'a pu le faire changer d'avis.

Il s'occupe déjà de se débarrasser le plus promptement possible de tout ce qui le retient à Alençon. Il s'est arrangé hier avec Mesdemoiselles Gauthier qui prendront sans doute, la suite de ses affaires, elles y sont presque décidées. Demain elles viendront à la maison pour conclure définitivement (l'affaire n'aboutira pas avec elles, mais elle sera conclue avec les demoiselles Persehayele 25 septembre 1877).

Voilà ma Tante, la bonne nouvelle que j'avais à vous apprendre. Le bon Dieu qui nous envoie de si grands chagrins met toujours à côté un peu de joie et, à nous, il nous en a mis beaucoup. Qu'il fait bon s'abandonner à lui, n'arrange‑t-il pas tout pour le bien de ses enfants !