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De Marie Martin à Mme Guérin - 25 août 1877.

 

De Marie à Mme Guérin. 25 août 1877.

Voir Correspondance Familiale, Appendices, pp. 440‑441 (autographe disparu).

 

J'ai de tristes nouvelles à vous apprendre, Maman est beaucoup plus mal, sa maladie fait des progrès effrayants, de jour en jour on s'en aperçoit. Elle passe des nuits affreuses, il faut qu'elle se lève à chaque quart d'heure, ne pouvant rester dans son lit, tant elle souffre.

Le moindre petit bruit lui donne des crises terribles, on a beau parler tout bas, marcher pieds nus pour qu'elle n'entende rien, son sommeil est si faible que le plus léger bruit la réveille.

Depuis deux jours, elle est moins excitée, ses souffrances sont moins vives, moins aiguës qu'au commencement de la semaine, car lundi et mardi on ne savait ce qu'elle allait devenir. Ses souffrances étaient atroces, nous ne pouvions arriver à la soulager, aucun remède n'a pu la calmer.

A ces douleurs si vives succède maintenant une faiblesse extrême. On ne l'entend plus gémir, elle n'en a pas la force, à peine si on l'entend parler. Ce n'est qu'au mouvement de ses lèvres qu'on peut comprendre ce qu'elle nous dit. Elle était faible hier, mais aujourd'hui, c'est encore pis.

Cette nuit, elle a eu une hémorragie, ce qui a encore augmenté sa faiblesse. Papa a été toute la nuit sur pied; il était bien tourmenté.—Heureusement que l'hémorragie n'a pas duré longtemps, il paraît que c'est si dangereux !

J'espère que Maman va reprendre un peu de force et qu'elle ne sera pas toujours aussi faible qu'aujourd'hui. Elle souffre beaucoup moins, c'est vrai, mais cette faiblesse me

fait peur; quand elle dort, on dirait qu'elle ne vit plus, cela fait impression.

Croyez‑vous, ma tante, que cette faiblesse durera long­temps ? Je pense que ce serait vite passé si Maman voulait prendre quelque chose, mais, tout lui fait mal; deux ou trois tasses de bouillon, voilà toute sa nourriture et encore on s'estime heureux quand elle peut les garder !

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