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De Marie du Sacré-Cœur à son père M. Martin - 23 août 1888

 

de Marie (Marie du Sacré-Cœur) à son père M. Martin 23 août 1888.

 

J. M. J. T.

Jeudi 23 Août.

Jésus!

Mon petit Père chéri,

Voilà donc de retour le beau jour de ta fête. Au ciel et sur la terre on la voit chaque année revenir avec joie. Oui je pense qu’au ciel notre bonne Mère et les quatre petits anges doivent te sourire et demander au bon Dieu de faire pleuvoir sur toi ses bénédictions. Certes Il ne demeure pas sourd à leurs demandes car quel Père est plus comblé que toi. Trois filles au Carmel et les deux autres pour Jésus aussi un jour ! que désirer encore ? Voilà la suprême richesse que la mort ne peut nous ravir.

Ce pauvre M. David est donc parti dans son éternité (M. Auguste David, cousin de Mme Guérin, mort à La Musse le 22/8/1888). A quoi bon posséder quelque chose ici-bas où tout est vanité. Te rappelles-tu de ce que notre petite Mère répétait souvent : « Oh ! parlez-moi des mystères de ce monde que mes désirs pressentent, au sein desquels mon âme fatiguée des ombres de la terre aspire à se plonger. Parlez-moi de Celui qui l’a fait et le remplit de Lui-même. Lui seul peut aussi remplir le vide immense qu’Il a creusé en moi !. . . » Ah ! dès ici-bas Il le remplit ce vide, dès ici-bas les ombres de la terre s’effacent et nous laissent entrevoir la douce clarté du Cœur de Jésus. On se réchauffe à ce foyer divin, le froid de la vie disparaît bientôt ; c’est le printemps du Ciel qui commence. Oui, au Carmel c’est ainsi que vivent [2 r°] le diamant, la perle fine et la Reine, comblés des dons du Seigneur et des bienfaits aussi de leur père chéri.

Es-tu content mon cher petit Père du beau médaillon de cheveux que notre Mère t’envoie (cheveux de Marie coupés après sa prise d’habit. A l’époque, on retravaillait avec de la colle cheveux et barbe en motifs décoratifs. Au Carmel, sœur Saint-Jean-Baptiste était experte en cet art). Moi j’en suis ravie. Ce sont les cheveux de ta grande de ta première qui forment le lierre, et la croix est tout entière de ta barbe. Notre Mère a choisi ce sujet exprès pour nous deux. Pouvait-il mieux convenir à celle qui t’aime tant et qui dit avec son emblème : « je meurs où je m’attache ». Avec ta barbe blanche on mettra les cheveux blonds de ta reine et ainsi ta jeunesse et ta vieillesse iront s’unir au commencement et à la fin de cette chaîne d’amour qui se nomme tes enfants.

Avant de terminer mon petit mot de fête il faut que je te remercie des beaux gros cassolets qui font notre régal cette semaine et aussi des poires dont je ne voudrais pas que tu te prives pour nous.

Que Jésus te rende tout et qu’Il te garde avec nous de longues années encore, ô notre Père chéri. Ton lierre de plus en plus s’est attaché à toi depuis que tu l’as donné à Dieu. Chaque jour il pousse de nouvelles branches et de nouvelles racines.

Chaque jour le diamant s’éclaircit pour briller à ton front dans la gloire. Là où réunis pour jamais nous chanterons éternellement les miséricordes du Seigneur (Ps 88, 1). Quel chant d’allégresse qui fait oublier par avance les fatigues du chemin.

Ton aînée, ta première devenue Carmélite !

M. du S. C.

[2v° tv] Notre Mère chérie se joint à nous pour te fêter.

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