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de Marie (Marie du Sacré-Cœur) à son père M. Martin - 5 mai 1887 (?)

 

de Marie (Marie du Sacré-Cœur) à son père M. Martin 5 mai 1887 (?)

( M. Martin vient d’être malade, mais le ton de la lettre n’exprime pas une inquiétude excessive. Il pourrait donc s’agir de l’attaque de paralysie du dimanche 1er mai 1887).

 

Jeudi matin

Mon Petit Père chéri

Il parait donc qu’on ne va pas au Ciel qu’en foulant des roses?. . . Depuis que je suis au Carmel je n’avais eu que des joies; et te savoir malade est une grosse épine au milieu de nos fleurs. C’est vrai ; mais comme c’est le bon Dieu qui l’a fait pousser et qu’Il nous aime plus que nous ne pouvons le comprendre, je crois que c’est le glorifier et toucher son Cœur de s’abandonner [l v°] à son amour. Nous, tes enfants, ne sommes-nous pas confiantes en toi, ne sommes-nous pas très sûres que tu ne nous feras jamais que du bien. Ah ! le bon Dieu, c’est le père des pères, je me dis cela et c’est un baume pour mon cœur, je me dis : mon Dieu vous nous aimez tant, que pouvons-nous craindre de vous ? Tout ce que vous faites est bien fait et l’épreuve d’aujourd’hui peut disparaître demain si vous le voulez ! N’êtes--vous pas le Tout-puissant et l’infiniment bon. Ces croix, ces inquiétudes, ces épreuves de la vie sont pour moi un [2 r°] coup de rame qui pousse ma petite barque bien avant dans la mer et lui montre de plus près le rivage béni et les joies sans mélange qui nous attendent là-bas Alors toute mon énergie s’en va de ce côté-là et j’ai faim et soif d’être sainte et de faire mon profit de tout ce qui passe ! Chacun son goût : les uns se tuent pour les biens présents et leurs cheveux blanchissent à gagner des millions, comme ce pauvre M. Romet (un des amis d’Alençon de M. Martin), pour nous, ne sommes-nous pas libres d’amasser des millions pour l’autre vie.

O mon petit Père chéri quand je pense au trésor amassé par toi, j’ai presque [2v°] peur. Ah ! que le bon Dieu ne s’avise pas de te le donner tout de suite. On dirait par moments qu’Il n’y peut tenir à couronner ses Saints. . . C’est vrai que pour Lui, ce doit être un jour de fête. Mais attendez mon Dieu ! vous avez l’éternité !. . .

Pauvre père, que tu as d’ingrats enfants ! C’est à qui te retiendra le plus longtemps sur cette terre de misères. Et au besoin tout le Carmel s’en mêlerait. Quel assaut pour le bon Dieu ! Tout-puissant qu’Il est, Il serait bien embarrassé pour se débarrasser de nous.

A bientôt mon cher petit Père, quel bonheur quand tu pourras venir au parloir.

Quand notre Mère incomparable a su que tu étais souffrant les larmes sont arrivées, je ne savais comment le lui dire. Quelle Mère ! Elle t’aime comme si tu étais son père. Ah ! Ce Carmel quel oasis dans le désert de ce monde.

Ton diamant

M. du S. Cœur

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