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De sœur Marie du Sacré-Cœur à Marie Guérin - 28 juin 1887

De sœur Marie du Sacré-Cœur à Marie Guérin. 28 juin 1887

 

J.M.J.T.

Jésus !

Mardi

Ma petite Marie chérie,

J'aurais bien voulu écrire à ma tante mais je ne sais pas si je vais avoir le temps d'écrire deux lettres et comme tu es malade ma pauvre chérie je commence par toi. C'est comme cela que tu nous fais des fausses joies, ta lettre était si gaie, si amusante, si bien portante et voilà cette petite ressuscitée qui recommence à nous jouer des tours. C'est très [1 v°] mal Mademoiselle, on a bien assez de misères sur la terre sans que vous vous mêliez de nous en faire encore. Notre pauvre Mère est malade aussi , enfin de tous côtés des chagrins... Si bien que les uns sont malades de corps et les autres de cœur. Lequel vaut le mieux? Ma pauvre Marie, il ne faut pas que je me lamente tout le temps car cela ne t'amuserait guère. Que te dirai-je donc bien ? Je n'ai pas eu de nouvelles aventures depuis ma dernière lettre mais Céline en aura une bien triste à te raconter : la mort de son petit oiseau bleu qui est décédé cette nuit. Papa nous a dit ce matin que le survivant paraissait tout joyeux d'être débarrassé de sa femme, il fait des coui coui à n'en [2 r°] plus finir (le « veuf » mourra le 29). Moi je crois qu'il pleurait, le pauvre petit mari, les oiseaux ne sont pas comme les gens ils ne peuvent montrer leur peine d'une autre façon. Thérèse a presque fait une oraison funèbre au défunt. Il paraît qu'elle excitait Céline à la résignation, enfin pour adoucir les regrets amers on a décidé de le faire empailler. Léonie est venue au parloir et nous a apporté dans une cage le petit malheureux veuf, il a même franchi la clôture. Maintenant qu'il a goûté aux douceurs du Carmel pourra-t-il ne pas reprendre cœur à la vie? Mais il n'a pas d'âme... pauvre petit! Il n'attend pas le Ciel comme nous. Adieu ma chérie, nous [2v°1 qui l'attendons, souffrons nos petites et grandes peines le mieux que nous pourrons. Un jour il n'y aura plus que des joies, un jour nous ferons au Ciel de belles parties de promenades au milieu de prairies émaillées de fleurs comme il ne s'en épanouit pas ici-bas.

A bientôt mon grand bébé (Marie Guérin aura 17 ans le 22 août), guéris-toi bienvite pour ne pas trop faire souffrir nos cœurs en attendant le beau ciel qui ne s'achète, hélas ! que par la souffrance.

Ta grande sœur

Marie du S.C.

N’oublie pas ma petite Tante chérie et Jeanne. Et la bonne Marcelline te soigne-t-elle bien ? [2 v°] ne l’oublie pas non plus.

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