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De Mme Martin à Mme Guérin CF 122 - 13 septembre 1874

 

Lettre de Mme Martin CF 122

 

A Mme Guérin

13 septembre 1874.

...Vous me dites ma chère sœur, que vous avez trouvé charmant votre voyage à Alençon. J'en suis très flattée, parce que ce qui vous l'a fait trouver tel, ce ne sont pas les distractions que je vous ai données, mais bien la bonne amitié que nous avons les uns pour les autres, qui nous fait goûter les moments que nous passons ensemble.

De mon côté, j'ai été très heureuse pendant ce temps trop court, et j'en conserve un doux souvenir. J'ai regretté que vous n'ayez pas voulu accepter la promenade que je me réjouissais de faire avec vous. Nous l'avons faite, voici quinze jours. Nous avons loué un grand break, où pouvaient tenir facilement neuf personnes et nous avons été jusqu'à Saint‑Léonard‑des‑Bois, à huit lieues d'Alençon. A vous dire vrai, je n'ai guère eu de plaisir, et les enfants non plus, à cause d'un incident qui nous est survenu.

Les bonnes Sœurs, qui donnent des leçons à Léonie, ont eu connaissance de notre partie et se sont empressées de nous demander une place. Il a fallu faire contre mauvaise fortune bon cœur. Marie a pleuré de dépit, rien n'a pu la dérider. C'était, en fait, bien contrariant d'avoir avec soi deux étrangères qui, après tout, ne nous plaisent pas beaucoup.

Il faut dire que je n'ai pas de chance; toutes les fois que je me propose une sortie, il arrive un contretemps. J'ai remarqué cela souvent; aussi, ai‑je renoncé à toute espèce de détente; je n'en veux plus entendre parler. La plus belle promenade que j'aie jamais faite était celle de Trouville. Comment a‑t‑elle fini ? Juste au moment où je commençais à avoir du bonheur, on reçoit une dépêche qui obligeait à bouleverser tous nos projets. Je suis sûre que si j'y retour­nais, la mer m'engloutirait; aussi, j'ai dit adieu à Trouville, adieu de bon cœur, on n'y voit que des malheurs !...

Je n'aurais jamais rien réclamé pour la petite bagatelle dont vous me parlez, au sujet de la dentelle de Mme Mau­delonde. Je l'avait prise avec l'intention de l'arranger moi-­même, je n'ai pu en trouver le temps et l'ai donnée à une ouvrière, et cela a coûté peu de chose.

Il est temps que je termine. Je suis en colère, j'ai été dérangée, tout le temps où je vous écrivais, par des étrangers, qui désiraient voir le Point d'Alençon; c'est toujours ainsi. Hier, il est venu une bande d'Anglaises qui, soi‑disant, voulaient en acheter. Je leur montre une dentelle que j'étais en train d'assembler: elles en demandent un mètre cin­quante. Je la leur fais cent cinquante francs le mètre; au moment où j'allais la couper, elles me présentent sept francs cinquante; elles avaient compris cinq francs le mètre ! Elles savaient à peine le français. Enfin, je pense que ces dérangements vont finir avec les vacances.

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