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De Mme Martin à son frère Isidore Guérin et à sa Belle‑Sœur CF 131 - 29 avril 1875.

 

Lettre de Mme Martin CF 131

 

A son frère Isidore Guérin et à sa Belle‑Sœur

29 avril 1875.

Je viens vous prier de venir à la première Communion de Léonie, qui aura lieu le 23 mai. Cela me ferait plaisir de vous avoir, mais je n'ose espérer ce bonheur. Enfin, si vous ne pouvez être là tous les deux, du moins qu'il en vienne un, cela me rendrait en outre grand service.

J'aurais non seulement la joie de vous voir, mais je serais bien contente aussi, à cause de Mme X. qu'il faut absolument que j'invite. Cela me met dans un cas délicat, sachant qu'il lui sera désagréable de se trouver avec M. A., que je suis forcée d'inviter également. Ils ne sont pas en bons rapports entre eux. M. A. déteste Mme X et je crois bien que c'est réciproque.. Si vous étiez là, cela arrangerait tout, je sais qu'alors, elle serait enchantée de venir ainsi que son mari.

Je vais demander également M Vital et Mlle Pauline Romet. Si tout s'organise comme je le désire, je serai bien heureuse, mais si je me vois pour toute société la famille A. et Mme X. cela ne conviendra pas. Cependant, pour la raison que vous savez, cette dernière ne peut me refuser sans me faire un affront et elle connaît trop les convenances pour décliner mon invitation. Toutefois, je ne veux pas insister auprès de vous, vous n'êtes pas obligés d'entrer dans tout cela.

J'ai mes deux aînées en vacances, c'est un vrai bonheur pour moi, mais aussi un réel surcroît, car il faut que je m'occupe de tout ce qui leur est nécessaire pour les grandes vacances, que je fasse réparer toutes leurs robes, en sorte que je suis dans les couturières jusqu'au cou. Avec cela, j'ai des commandes pressées qu'il fallait pour cette semaine, tout est resté en plan et cela m'inquiète.

J'oubliais de vous donner des nouvelles de ma soeur que je viens de voir. Elle se porte bien en ce moment. Je lui ai amené la petite Thérèse qui était très heureuse de partir en chemin de fer. Quand nous sommes arrivées au Mans, elle était fatiguée, elle a pleuré, mais elle est restée au parloir tout le temps, sage comme une grande fille. Cependant, je ne sais ce qu'elle avait, en y entrant son cœur était gros, enfin, les larmes sont venues sans bruit, elle était suffoquée. J'ignore si ce sont les grilles qui lui ont fait peur. Après, tout a bien été. Elle répondait à toutes les questions, comme si elle avait passé un examen !

La Supérieure est venue la voir et lui a fait de petits cadeaux. Je lui ai dit:  « Demande à la bonne Mère qu'elle te bénisse. » Mais elle n'a pas saisi et a repris: « Ma Mère, voulez‑vous venir chez nous ? » Cela a fait rire tout le monde [lire ici le compte-rendu de Marie-Dosithée].

Je suis pour l'instant seule avec elle, la bonne et les autres enfants ont accompagné Léonie au catéchisme. Je lui ai donné ma boîte à sous pour qu'elle me laisse travailler, car elle pleurait fort en voyant partir ses sœurs. Elle a étalé toute la monnaie sur mon bureau, mais, entendant son père, elle m'a dit:  « Maman, voilà Papa qui vient, ramasse vite les sous ! »

J'ai l'impression que nous passerons cette année aussi tranquillement que les précédentes. Je continue à rester bien incrédule ! Je sais qu'à un temps donné et que Dieu seul connaît, il arrivera certainement de grandes catas­trophes, que notre pauvre pays a bien méritées, mais cela peut n'être que dans plusieurs années.

Nous avons eu un enterrement civil, la semaine dernière, à dix heures du matin. Le convoi, qui partait de la rue des Tisons, a traversé la ville pour se rendre au cimetière Notre-­Dame. C'est un M. G., ancien pharmacien, il s'était acheté une belle maison, qu'il devait habiter à la Saint‑Jean. Il a eu tous les honneurs possibles, le maire tenait un des cordons du corbillard, tous les conseillers municipaux y étaient. Le député L'Herminier a fait un discours sur sa tombe. Ainsi, mon cher Isidore, cela peut te donner une idée de ce qu'est devenue notre ville d'Alençon, si tu ne la connais pas bien.

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