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De Mme Martin à sa Belle‑Sœur CF 189 - 20 février 1877.

 

Lettre de Mme Martin CF 189

A sa Belle‑Sœur

20 février 1877.

Je viens de recevoir, à l'instant, la lettre que je vous joins et qui, vous le voyez, ne nous laisse plus d'espoir. J'avais envoyé, la semaine dernière, à ma soeur de l'oie rôtie, puis­qu'elle avait désiré en manger qui soit cuite chez nous; à cela étaient joints une livre de pastilles de gomme et une douzaine de gâteaux, mais Pauline écrit à Marie qu'elle les lui a presque tous donnés

Enfin, je crois à sa fin prochaine, j'en ai bien du chagrin; mais, d'un autre côté, je désire que ma pauvre soeur soit délivrée le plus tôt possible.

J'ai reçu votre lettre jeudi; je pensais à vous, je me disais: « Ils sont fâchés de ce que je n'ai pas voulu aller au médecin », et je voyais mon frère vous dire toutes sortes de choses contre moi !

Au même moment, j'entends un violent coup de sonnette: il n'y a guère que le facteur a en donner de semblables.

C'était bien, en effet, une lettre de vous; elle m'a fait un plaisir que je ne saurais dire; j'en ai été consolée toute la journée.

Je ne suis pas plus malade; je souffre toujours très peu,

l'endroit le plus sensible au toucher est celui où est venue la seconde glande auprès du cou, et cependant, ce n'est rien en comparaison de la grosseur.

Enfin, le bon Dieu me fait la grâce de ne point m'effrayer; je suis très tranquille, je me trouve presque heureuse, je ne changerais pas mon sort pour n'importe lequel.

Si le bon Dieu veut me guérir, je serai très contente, car, dans le fond, je désire vivre; il m'en coûte de quitter mon mari et mes enfants. Mais, d'autre part, je me dis : «  Si je ne guéris pas, c'est qu'il leur sera peut‑être plus utile que je m'en aille... »

En attendant, je vais faire tout mon possible pour obtenir un miracle; je compte sur le pèlerinage de Lourdes; mais, si je ne suis pas guérie, je tâcherai de chanter tout de même au retour.

Cette fois, notre Maire est mort pour tout de bon; il n'a pas eu assez de connaissance pour se confesser. Sa femme est encore plus malheureuse que moi, il ne lui reste que des dettes. Il y a six mois, son mari a vendu les cinquante mille francs qu'elle devait toucher après sa mort, pour quinze mille francs qu'il ne pouvait trouver à emprunter.

Je vois que vous vous êtes beaucoup amusés le mardi‑gras, surtout Jeanne et Marie, j'aurais bien voulu les voir avec leurs costumes de petites paysannes; les enfants, ici, en ont assez parlé !

Je reviens à mes pensées tristes. Je crois que c'est la dernière lettre que je vous écris pour vous donner des nouvelles de ma soeur. Si le malheur n'est pas arrivé, je vous mettrai un mot la semaine prochaine, car je reçois des nouvelles tous les mardis.

Je vous embrasse tous avec affection

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