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De Mme Martin à sa Belle‑Sœur CF 203 - 29 mai 1877.

 

Lettre de Mme Martin CF 203

 

 A sa Belle‑Sœur 29 mai 1877. Voilà huit jours que je dois vous écrire et que je n'en trouve pas le temps, il faut cependant que je m'y décide aujourd'hui, car j'ai une bonne nouvelle à vous annoncer. J'ai vu, dans La Semaine religieuse de Séez, qu'il partirait d'Angers, le 10 juin, un pèlerinage pour Lourdes. J'ai écrit à une religieuse de la Visitation de cette ville, qui a été pendant sept ans, la première Maîtresse de mes aînées, au Mans, pour qu'elle ait la bonté de m'instruire à ce sujet. Elle m'a répondu que le départ du pèlerinage aurait lieu le 18 juin et non le 10, et qu'elle se chargeait de prendre les billets. Je lui en ai demandé quatre: Marie, Pauline et Léonie y viendront. C'est bien de l'embarras et des dépenses, mais si j'obtiens la grâce si désirée, ce ne sera pas la payer trop cher et, il me semble que plus nous ferons de sacrifices, plus la Sainte Vierge sera disposée à nous exaucer. J'ai reçu, hier encore, une lettre de la bonne religieuse, qui me donne des renseignements nouveaux: le pèlerinage part d'Angers, le lundi 18 juin, à sept heures cinquante du matin, arrive à Lourdes le mardi 19, à huit heures du matin, reste jusqu'au jeudi soir, huit heures, est de retour à Angers le vendredi, vers huit heures du soir. De cette manière, nous passerons trois jours à Lourdes; ce n'est pas trop pour moi. Cette chère Sœur me dit en outre de ne pas m'inquiéter pour chercher un hôtel à Angers, qu'une tourière nous attendra à la gare et nous logera convenablement. « Et qui sait, ajoute‑t‑elle, si la Providence ne vous réserve pas quelque surprise agréable ? Je ne sais pas ce que peut être cette surprise agréable; Marie se figure qu'elle veut nous donner une chambre chez les tourières. Sœur Marie‑Paula me dit aussi que toute la Communauté prie pour moi; enfin, tout cela me fait plaisir et me donne du courage. Oui, j'espère vraiment que la Sainte Vierge me guérira. Le mal fait des progrès et s'étend de plus en plus. Je m'attends à ce qu'il perce avant le mois d'août. Je souffre toujours très peu, mais la petite souffrance est presque conti­nuelle et, par moments, c'est assez violent. Depuis un mois, à peu près, j'ai mal aussi dans le bras. Je n'ai pas besoin de me recommander à vos prières, je suis bien sûre qu'elles ne me feront pas défaut, ni celles de votre bonne famille, qui m'a témoigné tant de sympathie. Voici le moment décisif qui approche, j'aurais envie que nous fissions tous une neuvaine, qui se terminerait le mercredi ou le jeudi 21 juin, jour où je quitterai Lourdes. J'avais l'intention d'aller trouver le docteur X. avant de partir, afin que, si je suis guérie, il puisse constater le miracle. Mon mari n'approuve pas cette idée; dites‑moi ce que vous en pensez ? Ma Pauline a toujours ses maux de tête, j'espère qu'elle en sera soulagée à Lourdes. Léonie continue à devenir une bonne enfant, mais c'est une terre difficile à défricher, il nous faut absolument la rosée du Ciel qui, j'en suis sûre, ne nous manquera pas. Je fais tout mon possible pour la bien cultiver, le bon Dieu fera pousser les fleurs et les fruits. Cette petite a un cœur d'or; il n'y a que de savoir la prendre, avec beaucoup de douceur. J'en emploie tant, qu'on trouve à y redire, mais je sais ce que je fais et n'écoute pas ces critiques. Elle avait été conduite jusqu'ici avec une rigueur extrême que je ne soupçonnais pas et, sous l'influence de la bonne qui, quoique brave fille au fond, s'y est très mal prise. Enfin, qui sait ? Je crois que le bon Dieu a permis ces mauvais traitements que j'ignorais, pour dompter d'abord cet étrange caractère et l'assouplir, afin que la tâche soit plus aisée à un temps donné, autrement elle n'aurait jamais connu le prix de la douceur et de l'amitié, mais il importait que cela cessât au plus vite, sans quoi elle eût été perdue. Si mes vœux ne sont pas exaucés et que je ne guérisse pas, la bonne s'en ira dès mon retour de Lourdes, je ne veux point que cette enfant lui retombe jamais sous la main. J'espère que le bon Dieu me fera trouver une personne comme j'en désire une pour l'élever, mais espérons plutôt que c'est moi qu'il a choisie pour cette tâche. La servante est cependant bien dévouée, elle veut me soigner jusqu'à la fin, si je ne suis pas guérie, mais je ne puis accepter son dévouement de crainte qu'elle ne reste après moi. Je pars, le 10 juin, conduire Marie à la retraite de la Visi­tation; je la reprendrai le 17 avec Pauline et nous partirons pour Angers.

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