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De Mme Martin à sa Belle‑Sœur CF 207 - 14 juin 1877­ .

 

Lettre de Mme Martin CF 207

 

 A sa Belle‑Sœur 14 juin 1877­ ...Je suis donc allée, hier, chez le docteur X. Je lui ai dit que je revenais le consulter pour savoir s'il n'y aurait pas quelque chose à faire maintenant. Il n'avait pas l'air de savoir ce que je lui voulais; enfin, il a écrit une ordonnance. Voyant qu'il n'était pas décidé à se répandre en paroles j'ai essayé d'en tirer quelques‑unes. Je lui ai demandé s'il croyait que ce serait bientôt percé, je n'ai pu avoir de réponse. Je lui ai demandé encore s'il pensait qu'on puisse faire l'opération, il m'a répondu: « Vous savez bien qu'on y a renoncé. » Puis, enfin, il m'a dit: « C'est tant mieux que cela perce, le mal se passera comme cela » J'ai repris: « Oui, quand je serai morte, Il voulut ajouter:  « On ne sait pas comment cela tournera, il est possible que oui, mais il n'est pas impossible que vous guérissiez. ». Tout cela était dit d'un ton indifférent, ennuyé, avec un rictus qui me fit une impression profonde. Il me coûtera beaucoup de retourner chez cet homme si je suis guérie: ou il ne fera pas attention à ce que je lui dirai, ou il me débitera des sottises, car il ne croit à rien; enfin, j'irai tout de même, mais ce sera la dernière fois. Si je ne suis pas guérie, jamais je n'y retournerai et jamais il ne viendra me soigner, rien que sa vue me rendrait malade. Cependant, il m'a rendu service, une fois, c'est le jour où il m'a dit toute la vérité, cette consultation‑là est sans prix pour moi. Il s'en est repenti, je l'ai bien vu, et comme il ne sait pas prononcer une bonne parole, ni même être bienveillant, il se contente de témoigner la plus totale indifférence. I1 avait l'air de me dire:  « Que venez‑vous faire ici ? Ne vous ai‑je pas dit, une fois pour toutes, qu'il n'y avait rien à faire, que les remèdes étaient pour faire plaisir aux malades ? » Ce pauvre homme ! Il ne sait pas combien je me le rappelle et le peu de cas que je fais de ses remèdes et de ses ordonnances. La dernière, je l'ai jetée au feu en arrivant, sans même la lire. Vous allez dire que je suis dans de bien mauvaises dispositions. Mais, que voulez‑vous ? C'est indépendant de ma volonté J'éprouve une si grande répulsion pour la dureté de cet homme, que je ne saurais l'exprimer. Heureusement que je trouve sur mon chemin des cœurs plus sympathiques, sans quoi ce serait à courir après la mort et non, comme je vais le faire, à courir après la vie. A Dieu, ma chère soeur, merci pour tout ce que vous faites pour moi, j'en suis touchée jusqu'au fond de l'âme. Je prierai la Sainte Vierge de Lourdes qu'elle vous le rende au centuple, en ce monde et en l'autre Je vous embrasse tous avec affection P.‑S.—Vous savez que je fais toujours fabriquer du Point d'Alençon ? J'ai reçu des commandes, en petite quan­tité, il est vrai. Mais enfin, je les exécute, on ira comme cela jusqu'au bout.

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