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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Guérin. 25 juillet 1897.

+ Jésus                       J.M.J.T                      25 Juillet 97

Ma chère petite Mère,

Ce petit mot va te dire qu'au Carmel il y a un petit cœur qui t'aime beaucoup et qui jusqu'ici n'a pas pu se traduire dans ses lettres, car ses lettres étaient toujours drôles et très drôles et sur­tout très positives, attendu qu'il fallait donner des explications et des bulletins de santé à n'en plus finir. A présent pour la santé les détails n'abondent plus parce qu'ils sont toujours les mêmes, ni pire, ni mieux ; hier petite Reine a craché deux fois le sang dans la journée; Mr de Cornière n'en serait pas plus inquiet si ce n'était la faiblesse qui [fait] toujours de nouveaux pro­grès. Notre petite malade se lève tous les jours deux heures à peu près ; elle est aussi calme et aussi joyeuse de mourir, mais elle n'en est pas encore là et le sent bien elle-même. Du reste Mr l'Abbé (Youf- arrive avec Auguste Acard) va pouvoir te dire comment il la trouve, car il est venu la voir jeudi dernier.

          Tu reçois aujourd'hui deux invités qui sont fort heureux de se rendre à La Musse, Auguste n'est pas le moins content et cela fait plaisir de lui procurer une bonne vacance, car sa vie n'est pas très gaie, passer ses journées entre 4 murs sans dire un mot à personne et ne voir que des fantômes passer de temps en temps (Auguste est aussi jardinier au Carmel. Lorsque les sœurs sont obligées de passer à proximité, elles abaissent le voile sur le visage), c'est un peu triste, puis quand il est sorti du Carmel, rester avec Mr [2r°] l'Abbé et lui donner tous les soins nécessaires, il y en a bien peu qui s'arrangeraient de cela. Je pense que tu voudras bien qu'Alex, le promène un peu et lui fasse voir Evreux ou la forêt. Du reste, lorqu'on lui a parlé d'Alex, qu'il allait trouver à La Musse, il rayonnait de bonheur, ils s'entendent très bien, paraît-il, ils sont un peu du même caractère, aimant à rire et à s'amuser.

     Je regrette bien de t'avoir donné tant d'explications au sujet de la chambre pour Mr l'abbé, car je suis convaincue qu'il sera parfaitement dans la chambre rose et que cela ne fait rien que la chambre d'au-dessus soit habitée. Je crois qu'il aime à être bien couvert la nuit; pour la nourri­ture, il mange comme tout [2v°] le monde, pour les promenades, je crois qu'il ne pourra en faire beaucoup, ne pas le forcer trop à la marche. Ne lui dites pas surtout que pour son genre de maladie il lui faudrait beaucoup de distraction, qu'il faudrait qu'il sorte de lui-même, etc. Mr de Cornière l'avait dit et cela n'avait pas bien fait. Je vous préviens qu'il a l'oreille excessivement fine et qu'il voit tout sans en avoir l'air. C'est un petit avis utile chez vous afin qu'on ne parle pas trop haut quand on ne veut pas être entendu.

       Ma chère petite Mère, si tu me voyais je crois que tu aurais du mal à me reconnaître, nous sommes en grande lessive et par ce temps chaud nous avons besoin de courage. Eh bien! le croirais-tu, après avoir lavé et fait une très forte journée dont tu ne peux te faire une idée, le soir je trouve encore la force de porter deux grands arrosoirs comme ceux de papa et de faire ainsi 7 ou 8 voyages d'eau pour arroser un carré de pelouse, et la fontaine n'est pas à deux pas, je t'assure. Je crois que tu n'en reviendrais pas de me voir ainsi. Quand je pense que chez nous, j'avais bien du mal à en porter un seul!

       Tu seras bien bonne de nous donner des nouvelles de Mr l'Abbé quand tu écriras et de nous dire s'il se trouve heureux, comment il passe ses journées, cela nous fera plaisir. Je te remercie bien, ma chère petite Mère, de la mousse et de tout ce que tu fais pour ton petit Carmel. Aimée nous apporte souvent des fruits. Merci, merci. N'oublie pas de nous [lr°tv] rapporter des petites mousses sèches pour faire des petits ermitages. Je t'envoie un gros baiser ainsi qu'à mon cher petit Père, le grand Frère et les petites sœurs.

                                                              Ta petite fille qui te chérit bien fort
                                                                       Marie de l'Eucharistie

Je veux toujours bien de la mousse de La Musse, mais ne te fatigue pas trop.

Je ne sais si vous avez encore le bonheur de posséder Anne-Marie; dans ce cas, voudrais-tu lui donner de la part de ses petites amies deux bons gros baisers retentissants avec tous leurs souhaits de bonne fête.

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