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De sœur Marie de l'Eucharistie à Mme Guérin. 30 juillet 1897.

 

30 Juillet 97

Ma chère petite Mère,

Les nouvelles ne sont pas bonnes, depuis hier (29 Juillet). Mr. de Cornière trouve que la maladie s'est beaucoup aggravée, elle crache le sang tous les jours, maintenant 2 et 3 fois par jour, ce matin c'était continuel, puis elle est très oppressée et a de la peine à respirer; par moments elle étouffe positivement, elle aspire continuellement de l'Ether, et même par moments l'op­pression est si forte, que l'Ether même ne fait aucun effet. Notre Mère a parlé ce matin à Mr de Cornière, de l'Extrême-Onction. Il a répondu que ce serait peut-être prudent car on ne sait ce qui peut arriver ; il trouve un grand changement depuis hier. - Nous ne nous faisons pas illusion et voyons bien que cela ne peut durer longtemps ; ainsi, hier soir, elle avait une fièvre tellement intense que son dos était brûlant comme du feu, et elle disait elle-même qu'« elle se croyait en purgatoire » tant la fièvre la brûlait. Je crois que notre Père va venir l'administrer aujourd'hui ou demain.

En effet mon oncle s'occupe de sa petite Reine, il nous le prouve depuis hier, et je crois que d'ici peu il va l'emmener avec lui partager sa gloire et son bonheur. Ma chère petite Mère je ne puis t'en dire bien long, car malgré tout nous som­mes plongées dans la tristesse, quoique toutes soient très coura­geuses. Notre sacrifice est fait maintenant... mais il se renouvelle fréquemment.

Et mon cher petit Père comment va-t-il? Nous prions bien fort pour lui, nous serons toutes bien heureuses de vous revoir; cela nous semble encore plus dur en ce moment d'être séparées de vous; aussi votre retour est désiré, d'autant plus que nous craignons toujours qu'il arrive malheur à notre petite malade. Pour le voyage de Vichy je trouve, ma chère petite Mère, que tu dois accompagner papa, c'est le devoir, nous sommes toutes de cet avis, ici... Ne craignez rien pour ce voyage, petite Reine à ce moment sera probablement partie pour le beau Ciel et de là elle protégera et veillera sur ses chers parents. - Je ne puis m'empêcher de croire que le dénouement ne soit prochain.

Je demande à mon cher petit Père de ne pas gronder Mère Agnès sur la quittance qu'elle a payée ; je ne sais trop de quoi il s'agissait, cela ne lui a pas fait de peine ce qu'il lui a dit dans sa lettre, mais elle a tellement de chagrin de notre petite sœur, qu'il ne faut pas trop lui en dire. Elle est cependant une des plus courageuses, mais elle ne mange plus depuis longtemps et je crains qu'après toutes ces émotions sa santé ne s'en res­sente, car elle est d'une grande faiblesse.

Je te quitte ma petite Mère chérie en t'embrassant bien fort, donne les meilleurs baisers de ma part à papa que j'aime tant, aux petites sœurs et au grand Frère.

Mr l'Abbé (Youf)  a écrit à notre Mère, il paraît enchanté de son voyage et de la réception qui lui est faite. Auguste (Acard)  paraît-il est bien heureux. Si vous connaissez quelques faits amusants de sa part décrivez-les-nous, cela nous intéresse beaucoup nous qui le connaissons.

Ta petite fille qui te chérit Marie de l'Eucharistie r.c.i.

Notre Mère prie Mr. l'Abbé de bien vouloir l'excuser si elle ne lui écrit pas ; elle est toujours près de sa petite malade, puis sachant qu'il revient demain, elle craindrait qu'il ne reçût pas sa lettre. Elle te prie, ma chère petite Mère, si Mr l'Abbé est encore à la Musse de bien vouloir lui faire savoir l'aggravation de l'état de notre petite malade, elle lui fait dire qu'elle a demandé notre Père (Maupas) pour venir administrer les derniers sacrements à notre petite malade.

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