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De Mère Agnès de Jésus à Mme Guérin. 24 août 1897.

 

24 Août 1897

Ma chère petite Tante

Vous êtes bien bonne de m'avoir écrit sans que je le mérite une aussi jolie lettre, je vous en remercie de tout mon cœur. La lettre de mon Oncle à notre Ange m'a fait grand plaisir également, quelle belle et touchante lettre aussi !... Ah ! mes chers Parents, si vous nous appelez votre gloire vous êtes bien la nôtre, croyez-le ! Notre pauvre petite malade est bien bien faible et souffre beaucoup; les nuits surtout sont on ne peut plus pénibles et vous savez ce qui est survenu ces jours-ci !... C'est désolant. Pourtant ce matin, après friction avec l'huile de la Sainte Face (de la lampe qui brûlait devant la Sainte Face de Tours), le lavement est revenu, mais on croyait bien qu'il allait encore rester comme celui d'hier ; enfin pour unique soula­gement on a donc cessé le fameux traitement au lait, impossible de pousser plus loin; cette pauvre petite se croyait empoisonnée et il fallait un courage comme le sien pour n'avoir rien dit plus tôt. Nous remarquions seulement sa répugnance peu ordi­naire quand elle prenait les tasses, s'arrêtant entre chaque petite gorgée pour reprendre ensuite et rejeter le tout bien souvent. Nous lui donnons de la peptone, mais elle a bien de la peine parce que cela coûte cher et Notre Mère a été obligée de la consoler ce matin. Hélas, je ne pense pas qu'elle en prenne bien longtemps. Comment peut-on vivre dans l'état où elle est, je me le demande. Je vous assure que l'ayant vue tant souffrir, je me consolerai plus facilement de sa mort, elle sera si heureuse ! Quand elle est prise de sa violente douleur d'intestin elle dit bien que c'est une douleur à crier - « mais je puis me retenir, ajoute-t-elle, ce n'est pas comme pour l'étoufjement, là je ne puis m'empêcher de gémir... » Et savez-vous, ma chère Tante, ce qui est convenu avec Sr Geneviève ? voici les propres paroles de notre ange : « Ma petite Sœur Geneviève, quand je crierai : que je souffre ! Comme je n'ai pas la force de dire autre chose, vous répondrez pour moi : Tant mieux ! » Et c'est ce qui arrive, Sr Geneviève est obligée d'obéir, elle aurait peur de lui faire de la peine.

Maintenant un autre détail amusant : Croyez-vous mes chers Parents que nous sommes sans Médecin ?... Non pas 1 Très sou­vent un petit docteur de votre connaissance vient donner ses conseils qui ne sont point du tout à dédaigner. C'est curieux je vous assure d'entendre ses consultations. Quand on a dit: « Ma S' M. de l'Eucharistie a conseillé cela »... il n'y a plus rien à ajouter. Savez-vous bien que c'est commode. Cette chère petite est bien gentille. C'est incroyable les progrès qu'elle fait dans la vertu. Ce matin, ou plutôt aujourd'hui, le St Sacrement est exposé à l'Oratoire ; je ne puis vous dire ce qu'elle a bien orne l'autel ! C'est ravissant ; on aime bien ce zèle-là dans une novice, d'autant plus qu'elle ne craint point sa peine, mais aussi était-elle rayonnante ce matin en regardant son chef-d'œuvre!... Ah ! je vous assure que les grandes dames de Vichy ont beau faire ! elles n'éprouveront jamais une si vive satisfaction de leurs toilettes...

Au revoir, ma chère petite Tante, revenez-nous en bonne santé ainsi que mon cher Oncle. Si vous saviez combien nous vous aimons tous les deux !

Votre petite fille et filleule S' Agnès de Jésus r.c.i.

Notre petite malade vous envoie son plus gracieux sourire.

Notre bonne Mère est très sensible à votre souvenir et vous envoie le sien bien affectueux.

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