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LT 146 - A Mme Guérin - 10 Août 1893

J.M.J.T.
Jésus
Au Carmel le 10 Août 93

 
                Ma chère Tante,
 
                J'ai vu avec plaisir que vous saviez deviner le coeur de votre petite fille, je ne veux pas cependant que ma belle écriture perde l'honneur d'être admirée au château de La Musse ! aussi ai-je été bien heureuse quand notre bonne petite Mère m'a confié la douce mission de répondre à votre lettre.
                Oh ! ma chère Tante, chacune des lignes que vous avez tracées me révèle votre coeur, c'est celui de la plus tendre des Mères, mais aussi celui de votre petite Thérèse est un coeur d'enfant rempli d'amour et de reconnaissance...
                Je demande au bon Dieu de guérir mon cher Oncle. Vraiment il me semble que cette prière ne peut manquer d'être exaucée puisque Notre Seigneur est Lui-même intéressé dans cette guérison. N'est-ce pas pour sa gloire que le bras de mon bon Oncle ne cesse de se fatiguer à écrire des pages admirables qui doivent sauver les âmes et faire trembler les démons ?
                J'espère que déjà nous sommes exaucées et que vous jouissez en paix des derniers jours qui vous restent à passer dans votre beau château. Comme Jeanne doit être heureuse de pouvoir jouir à son aise de la présence de Francis, elle qui en est si privée à Caen ! J'ai bien prié afin que la vilaine entorse disparaisse complètement car ce devait être un gros nuage dans l'azur du Ciel de ma Jeanne.
                Je pense aussi à ma petite soeur Marie ; il me semble que depuis qu'elle a placé sa demeure dans les hauteurs des arbres je dois lui paraître bien petite et bien méprisable ; en approchant des Cieux on découvre des merveilles qui ne se rencontrent pas dans l'humble vallée. Elle va dire que je suis méchante, mais cela ne m'empêchera pas de faire la Sainte Communion pour sa Grandeur le jour de sa fête...
                Je ne puis vous dire, chère Tante, le bonheur que j'éprouve en pensant que mon cher petit Père est au milieu de vous, comblé de tendresse et soins ; le bon Dieu a fait pour lui la même chose que pour son serviteur Job, après l'avoir humilié, Il le comble de ses faveurs et c'est par vous que tous ces biens et cette affection lui sont donnés.
                Chère petite Tante, j'ai encore bien des choses à vous dire, mais je n'ai plus de place et ce n'est pas respectueux de terminer ainsi en travers d'une lettre, pardonnez-moi, ma chère Tante, et comprenez toutes les choses que je voudrais écrire ainsi qu'à toute la famille.
                Mère Marie de Gonzague et notre Mère vous disent mille choses aimables ; elles sont heureuses de penser que Madame de Virville fera votre connaissance.
                Je vous embrasse de tout mon coeur, ma chère Tante, et suis toujours
                Votre petite fille respectueuse
 
Sr Thérèse de l'Enfant Jésus
rel.carm.ind.
 

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