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De sœur Marie de l'Eucharistie à ses parents. 24-25 novembre 1896.

 

De sœur Marie de l'Eucharistie à ses parents. 24-25 (?) novembre 1896.

 

+ Jésus                                                     J. M. J. T.

 

Mon cher petit Père

   et ma chère petite Mère,

 

     Je vous vois d'ici faire un joli sourire à la vue d'une lettre de votre petite Carmélite... Le facteur vous est propice ce matin, n'est-il pas vrai?...

       Je vous écris pour une raison c'est que je voudrais bien que vous ne reveniez pas de Caen exprès pour me voir avant l'Avent (en 1896, il commence le dimanche 29)... Une semaine de plus sans vous voir c'est beaucoup, mais ce n'est rien quand il s'agit de faire un petit sacrifice pour Celui qui deviendra bientôt votre Epoux... Puis, y a-t-il sacrifice quand on sait ses parents [lv°] heureux, entourés de leurs enfants.

Non, non, ne revenez pas pour moi vendredi (le 27; d'où la date limite du 25, proposée pour cette lettre), mon seul et unique plaisir c'est de vous savoir gais, bien portants et heureux. Par conséquent je n'aurai aucune peine et je vous reverrai avec plus de bonheur après la belle fête de Noël. Vous allez faire plaisir à tous vos enfants en restant à Caen, vous ne sauriez croire combien je jouis de votre bonheur dans ma petite cellule. Hier je vous suivais à Caen, je me disais à telle heure ils font telle chose, je vous voyais tous réunis dans la petite salle et votre charmante petite hôtesse vous régayant avec son rire [2r°] argentin. J'applaudissais et je jubilais de bonheur. Mais là j'ai trouvé qu'il y avait un peu de recherche du cœur, il est bien doux de penser à ceux qu'on aime, le bon Dieu ne le défend pas mais il en demande quelquefois le sacrifice, alors je l'ai fait pour Jésus.

   Notre Mère voudrait que vous veniez me voir dans l'Avent à la place de cette semaine, elle est toujours si bonne et si délicate pour moi, mais écoutez votre petite Carmélite. La préparation à la Profession est chose bien sérieuse et ce serait faire exception à la règle. Pourquoi cela?... Je vous vois d'ici penser comme moi, le devoir avant tout, [2v°] me dites-vous et alors en avant partons, commençons l'Avent plus tôt que les autres, nous arriverons les premiers à la crèche...

     Et bien entendu, n'est-ce pas, Jeanne sera bien contente de vous garder quelques jours de plus, et moi je serai encore plus heureuse qu'elle.

       Je n'ai pas le bonheur de vous recevoir chez moi, parce que sur la terre je n'ai pas de « chez moi » mais quand je serai dans le royaume de mon Divin Epoux je serai chez moi et vous y serez reçus avec magnificence.

         L'autre jour au réfectoire on a lu la liste des aumônes, comme on le fait aux fêtes  (la fête dont il est ici question pourrait être celle du 21 novembre, Présentation de la Sainte Vierge). Lorsqu'on est arrivé à M.et Mme Guérin, il y en avait une telle allongée, de légumes, gâteaux, etc., qu'au milieu de la nomenclature il est parti un grand éclat de rire, tout le monde riait, enfin on a fini par clore la liste en disant : enfin ils ont donné toutes sortes de gâteries.

     Les poires fourrées ont été mangées avec bonheur, elles ont fait bien, bien plaisir. Nous avons bien fêté St Jean de la Croix ( alors le 24 novembre) avec les bisettes et le vin et les poires.

     Je vous quitte mes chers et bien-aimés [lr°tv] Parents en vous embrassant bien bien fort tous les deux. Je pensais l'autre jour que les fiancés de la terre apportent souvent à leurs fiancées un beau bouquet qui est toujours reçu avec joie. Mon Divin Fiancé m'apporte aussi souvent et bien souvent des bouquets; les fleurs qui le composent n'ont rien d'agréable à la vue; mais dans l'éternité elles seront si belles et répandront un parfum si délicieux. Priez bien le bon Dieu pour que sa petite Fiancée reçoive ses bouquets avec un visage toujours joyeux et aimable. Car les croix et les petites misères de la vie religieuse sont les bouquets du Divin Fiancé et ils ne sont pas toujours au goût de la petite Fiancée. Priez donc bien pour elle, pour qu'elle devienne une grande sainte.

Votre petite fille qui vous aime à la folie

Marie de l'Eucharistie

                       r. c. i.

       De bons baisers à Jeanne, Francis, Léonie. Ma Sr Geneviève voudrait bien du carbonate de magnésie, je crois, pour faire ses purgations (Sœur Geneviève est auxiliaire à l'infirmerie.). C'est très utile de ne pas oublier cela.

[2v°tv] Notre Mère vous offre ses religieux hommages. Toutes les petites filles du Carmel mangent de baisers leur oncle, leur tante, leur cousin, cousines et sœurs. Mère Agnès de Jésus prie Léonie de bien vouloir faire aussi le petit sacrifice de cette semaine du parloir enfin, pour son oncle et sa tante. Du reste elle se plaît bien à Caen (à cause de la proximité de la Visitation). Restez à Caen le plus longtemps que vous pourrez, jusqu'à Noël si vous voulez. Amusez-vous bien...

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